Les enfants et adolescents espagnols âgés de huit à seize ans consacrent en moyenne 215,5 minutes par jour à l’usage des écrans, soit un peu plus de trois heures et demie, ce qui se traduit par près de deux mois complets sur l’ensemble de l’année si l’on extrapole les chiffres, selon le rapport « Écrans, enfance et adolescence en Espagne : situation actuelle et défis », publié par la Gasol Foundation.
Le document, présenté ce mercredi, analyse et compare les données d’utilisation des écrans issues des deux éditions de l’étude « PASOS », correspondant aux périodes 2019-2020 et 2022-2023. Au total, il porte sur 6 170 mineurs, dont 56,2 pour cent appartiennent à la catégorie « enfants » (moins de 13 ans) et 43,8 pour cent sont des adolescents âgés de 13 à 16 ans.
Dans l’ensemble, 69,6 pour cent des enfants et des jeunes dépassent les deux heures quotidiennes d’usage des écrans. La moyenne s’établit à 215,5 minutes par jour sur l’ensemble de la semaine, 187 minutes par jour en semaine et 287 minutes si l’on ne prend en compte que le week-end. La coordinatrice technique de Recherche et Programmes de la Gasol Foundation, Paula Berruezo, précise que le rapport ne distingue pas si l’usage est récréatif ou éducatif.
Par genre, les garçons présentent dans les deux éditions un usage plus élevé des écrans et une plus grande proportion de personnes dépassant les 120 minutes quotidiennes. En particulier, dans « PASOS 2022 », le sexe masculin consacre plus de quatre heures par jour à l’usage des écrans. Néanmoins, l’usage chez les femmes a augmenté entre les deux périodes analysées, ce qui a entraîné une réduction de l’écart entre les genres.
Si l’on compare par groupes d’âge, on observe que les adolescents consacrent plus de temps aux dispositifs numériques que les enfants. À cet égard, le rapport souligne que 91,8 pour cent de la population adolescente ne respecte pas la recommandation d’un maximum de deux heures d’utilisation quotidienne des écrans. Par ailleurs, l’usage augmente avec l’avancement dans les cycles scolaires, se situant en moyenne à 296 minutes par jour en 4e de l’ESO, contre 130 minutes en 3e de primaire.
La « tablette » et/ou le smartphone se démarquent comme l’appareil présentant le plus fort usage et celui qui connaît la plus forte croissance entre 2019 et 2022, avec 24,3 et 32,5 pour cent respectivement des enfants et des adolescents qui consacrent plus de 120 minutes par jour exclusivement à ces dispositifs.
COMPARAISON PAR NIVEAU SOCIOÉCONOMIQUE
Dans une comparaison par niveau socioéconomique, les valeurs d’utilisation les plus élevées se constatent parmi les populations évoluant dans un cadre où le revenu moyen par habitant est plus faible et dont les mères, pères et/ou tuteurs légaux n’ont pas d’études universitaires et ne travaillent pas. Ces différences se maintiennent pour l’ensemble des jours de la semaine dans les deux éditions.
Si l’on combine les variables âge, genre et niveau d’études, la situation la plus favorable est celle du genre féminin, âgé de huit à treize ans et des parents ayant des études universitaires, bien que le temps d’utilisation reste supérieur à 120 minutes par jour, s’approchant d’un peu près 130.
À l’autre extrémité se situe la situation la plus défavorable : le genre masculin, adolescent et des parents sans études universitaires, un groupe pour lequel « PASOS 2022 » attribue 230 minutes d’utilisation par jour. Autrement dit, entre les groupes les plus favorables et les moins favorables, l’écart approche presque trois heures.
RESPONSABILITÉ INSTITUTIONNELLE
La ministre de la Santé, Mónica García, est intervenue lors de l’événement en affirmant qu’il ne peut être imputé à la « responsabilité individuelle » un « problème de santé publique » tel que le fort usage des écrans chez les enfants et les adolescents, et qu’elle met l’accent sur le rôle des institutions.
« Nous privons les garçons et les filles d’un loisir sain. Il ne s’agit pas d’imposer un sport d’élite, ni de chercher à former des athlètes, mais de créer des environnements sains où les enfants puissent jouer, se sociabiliser, disposer d’espaces sûrs et sains », a-t-elle insisté.
Face aux écrans, elle a défendu comme « l’une des alternatives » le temps que les parents consacrent à leurs enfants, pour être avec eux, les accompagner à l’école, etc., bien qu’elle déplore que toutes les familles ne disposent pas de la même disponibilité.
Par ailleurs, elle a valorisé, parmi d’autres initiatives du Ministère de la Santé, le Plan Stratégique National pour la Réduction de l’Obésité Infantile et les « Tardes con Plan », précisant que ce dernier programme a des appels ouverts jusqu’au 30 septembre, afin de pouvoir offrir aux enfants un loisir sain.
En ce qui concerne une éventuelle interdiction d’accès des mineurs aux réseaux sociaux, la ministre a exprimé des doutes quant à son efficacité du point de vue de la santé publique. « Il faut savoir quelles mesures et quels outils fonctionnent pour diminuer le temps et aussi augmenter, d’une manière ou d’une autre, la qualité du contenu auquel accèdent les adolescents et les enfants, et, par la même occasion, les adultes aussi », a-t-elle déclaré.
LIGNES D’ACTION
Le président de la Gasol Foundation, l’ancien joueur de basket Pau Gasol, a lancé un appel à placer l’enfance au cœur des décisions qui touchent son environnement numérique et à accélérer les politiques publiques déjà en cours, en consolidant des mesures comme celles du Plan Stratégique National pour la Réduction de l’Obésité Infantile.
Il a également exhorté à poursuivre l’investissement dans la recherche et l’évaluation, à élargir les alternatives saines à l’usage des écrans, à former et accompagner les familles et les professionnels et à impliquer directement les plateformes et les créateurs de contenus dans la construction d’un environnement numérique plus sûr.
Parallèlement, il a plaidé pour que toutes ces mesures soient mises en œuvre avec une perspective d’équité. « Car les données sont claires, cette réalité n’impacte pas de la même façon tous les foyers et toute réponse qui n’en tiendrait pas compte des inégalités socioéconomiques sera insuffisante », a-t-il conclu.