Parler aujourd’hui d’intervention dans les addictions implique d’évoquer de plus en plus la participation réelle des personnes concernées. De nombreuses associations ont compris que faire intervenir des individus ayant eux-mêmes connu l’usage et l’“éveil à la récupération” ne se réduit pas à un simple outil thérapeutique : c’est une façon nouvelle de bâtir une communauté et de renforcer la confiance mutuelle.
Des entités comme l’Association Progestión promeuvent des recherches et des espaces de travail centrés spécifiquement sur l’intégration du modèle des pairs dans la question des drogodépendances. Grâce au projet « Qui manque ? », elles posent une question douloureuse mais nécessaire: pourquoi concevons-nous encore des ressources sans impliquer réellement celles et ceux qui ont vécu le problème de l’intérieur ?
D’autres réseaux, comme CAARFE (Confédération des Alcoholiques, des Addicts en Réhabilitation et des Familles d’Espagne), œuvrent depuis des décennies sur l’entraide et l’expérience partagée. Leur modèle place les personnes en rétablissement au cœur de l’accueil et de la motivation des personnes qui entament un parcours de récupération, en comprenant que l’accompagnement entre pairs génère identification et espoir.
Ces initiatives partagent une leçon majeure : un changement de regard. Il ne s’agit plus uniquement d’intervenir sur la consommation, mais de reconnaître les savoirs, de reconstruire les liens et de créer des espaces où chacun peut être entendu sans être réduit à un diagnostic.
Le modèle des pairs ne remet pas en cause la nécessité d’équipes techniques spécialisées. Ce qu’il apporte, c’est une complémentarité à l’intervention avec quelque chose qui ne peut s’apprendre uniquement dans une formation académique : l’expérience vécue.