Deux médecins donnent des diagnostics différents : l’un d’eux s’est-il trompé ?

16 septembre 2026

   Deux médecins peuvent parvenir à des diagnostics différents sans que nécessairement l’un d’eux ait commis une erreur. La médecine associe les preuves scientifiques au raisonnement clinique et, dans certaines circonstances, une même symptomatologie peut donner lieu à diverses interprétations, en particulier lorsque la maladie est naissante, les symptômes sont non spécifiques, ou les informations disponibles sont limitées.

   De plus, l’évolution du patient et l’apparition de nouveaux examens peuvent modifier le diagnostic initial. Mais, quand cette variabilité fait partie de la pratique médicale et quand peut-elle constituer une faute, nous interrogeons-nous ? Juan Carlos Prados-Frutos est professeur de médecine légale et médico-légale et directeur technique de La Pericial, et lors d’une interview exclusive pour Infosalus il nous explique pourquoi un diagnostic différent, ou un mauvais résultat, n’est pas suffisant pour parler de négligence, et quels éléments doivent être analysés pour déterminer si l’assistance a été conforme au standard de bonne pratique médicale exigible dans chaque cas.

   Ainsi, en médecine, il n’existe pas toujours une seule réponse. Comment est-il possible que deux médecins aboutissent à des diagnostics différents sans que l’un d’eux ait tort ? Quels facteurs influencent cette variabilité clinique ? nous avons demandé à cet expert.

   IL N’Y A PAS TOUJOURS UNE SEULE RÉPONSE POUR UN MÊME CAS

   Il reconnaît que c’est une situation bien plus fréquente qu’il n’y paraît et, en tant que telle, « cela ne signifie pas que l’un des professionnels ait commis une erreur ». Comme il l’assure, « la médecine est une discipline fondée sur les preuves scientifiques, mais aussi sur le raisonnement clinique, et elle n’offre pas toujours une seule réponse correcte face à un même cas ».

   Dans de nombreuses occasions, différents spécialistes peuvent formuler des hypothèses diagnostiques différentes, ou adopter des stratégies thérapeutiques tout aussi valables, notamment lorsque les symptômes sont non spécifiques, que la maladie est à un stade précoce, ou lorsque l’information clinique est limitée.

   De plus, un autre point important à prendre en compte, souligne-t-il, est qu’il est habituel qu’un second médecin dispose de données dont le premier manquait, comme l’évolution du patient, le résultat de nouveaux tests diagnostiques ou l’apparition de symptômes qui n’étaient pas présents au départ.

   Parmi les facteurs qui peuvent expliquer ces différences, selon ce professeur de médecine légale et forensique, on peut citer :

   – L’évolution naturelle de la maladie, qui modifie les signes et les symptômes avec le temps.

   – La présentation atypique de certaines pathologies.

   – L’existence de maladies associées qui altèrent l’expression clinique.

   – L’interprétation clinique des tests complémentaires, qui peut raisonnablement varier entre les spécialistes sans que cela implique une faute.

   « Ce qui importe véritablement n’est pas que le diagnostic final soit différent, mais d’évaluer si, avec les informations disponibles à ce moment-là, l’intervention du professionnel était conforme à la lex artis (le standard de bonne pratique médicale exigible dans chaque cas) », assure Juan Carlos Prados-Frutos.

   DIFÉRENCE ENTRE UNE COMPLICATION OU UNE NÉGLIGENCE MÉDICALE

   À cet égard, nous discutons avec cet expert du fait que, bien souvent, les traitements ne se déroulent pas comme prévu au départ, ou des complications peuvent apparaître. Est-ce que cela signifie qu’il y a pu avoir une erreur médicale ou une négligence médicale ? Le directeur technique de La Pericial soutient que non, car un mauvais résultat, ou l’apparition d’une complication ne permettent pas à eux seuls de conclure à l’existence d’une négligence médicale.

   « La médecine n’est pas une science exacte, et toute action sanitaire comporte un degré d’incertitude. Il existe des risques et des complications décrits dans la littérature scientifique qui peuvent apparaître même lorsque le professionnel a agi correctement et conformément à la lex artis ad hoc, c’est‑à‑dire selon les connaissances scientifiques et les moyens disponibles au moment de l’assistance », assure cet expert.

   C’est pourquoi, poursuit-il, il n’est pas possible de déterminer l’existence d’une négligence uniquement sur le résultat obtenu : « Il est indispensable de réaliser une analyse individualisée de chaque cas, en évaluant à la fois l’action du professionnel et les circonstances cliniques concrètes du patient ».

   Il rappelle aussi qu’une évolution défavorable ne signifie pas nécessairement que l’assistance sanitaire ait été incorrecte : « Il existe des complications qui, même graves, font partie des risques inhérents à certains procédés, et peuvent apparaître même lorsque l’équipe médicale a agi avec la plus grande diligence. Toutefois, lorsque subsistent des doutes raisonnables parce que les tests diagnostiques indiqués n’ont pas été réalisés, que l’on n’a pas répondu à des signes d’alerte, qu’il y a une absence de suivi clinique, ou que les informations fournies sont insuffisantes ou contradictoires, il est recommandé de demander l’intégralité du dossier et de solliciter l’avis d’un médecin expert indépendant », conclut.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.