Il y a quelques semaines, nous évoquions comment les stéréotypes de genre influencent la manière dont on prend en charge, diagnostique et accompagne les femmes en situation d’addiction, créant des obstacles et excluant une partie de leur réalité. Aujourd’hui, nous avançons d’un pas dans cette réflexion, en nous rapprochant de l’expérience vécue par celles qui se trouvent à cette intersection, de première main. L’épisode 11 du podcast Respira (Infoadicciones, 2023) nous invite précisément à cela : écouter, comprendre et donner un visage à ce que signifie traverser violence et consommation de l’intérieur, et repenser la façon dont nous accompagnons ces récits avec davantage de sensibilité et une perspective de genre.
Dans cet épisode, l’équipe d’InfoAdicciones échange avec Davinia, de la Fundación Canaria Yrichen, dont la voix et l’expérience apportent un regard sur la réalité de nombreuses femmes vivant à l’intersection entre violence de genre et consommation de substances. Son témoignage ne se contente pas de nous montrer cette réalité, mais remet aussi en question la manière dont nous comprenons et accompagnons ces vécus.
Davinia explique comment, pour de nombreuses femmes, la consommation naît comme une réponse au traumatisme, à la douleur émotionnelle et au maltraitement, et non comme un problème isolé ou un « mauvais choix ». Pourtant, lorsqu’elles recherchent de l’aide, elles se heurtent à des systèmes qui ne sont pas toujours préparés à comprendre la complexité de ce qu’elles vivent: des environnements où l’abstinence immédiate est privilégiée au détriment de la sécurité, de l’accompagnement et de la réparation des dégâts.
Dans l’entretien, elle souligne l’importance de créer des espaces sûrs, exempts de jugement et adaptés aux besoins réels des femmes, en particulier celles qui arrivent avec des parcours marqués par la violence et la solitude. Des lieux où la priorité ne serait pas de contrôler la consommation, mais d’instaurer un lien de confiance qui leur permette de se reconstruire peu à peu, selon leur propre rythme et leurs propres temps.
Davinia nous rappelle que la violence de genre et les addictions ne constituent pas deux réalités séparées, mais des dimensions qui s’entrelacent et se renforcent mutuellement dans bien des cas. C’est pourquoi elle insiste sur la nécessité d’intégrer la perspective de genre et de trauma dans l’ensemble des dispositifs d’accompagnement, afin d’offrir des accompagnements respectueux, soutenus et véritablement transformatifs.
Sa réflexion nous invite à regarder au-delà du symptôme et à nous demander quelles histoires, quels silences et quelles blessures se cachent derrière chaque consommation. Et surtout, à construire des modèles d’intervention qui reconnaissent cette complexité plutôt que de la simplifier.
Vous pouvez écouter l’entretien complet dans l’épisode 11 de Respira.
Cette publication fait partie du projet “Mujeres conscientes II” (sensibilisation spécifique pour les femmes confrontées à des problèmes d’addiction), financé par le Ministère de l’Égalité via la Délégation du Gouvernement contre la Violence de Genre.