Réflexions après la rencontre avec le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées

12 mai 2026

Depuis infoadicciones, nous poursuivons le partage de réflexions dans le cadre de notre projet de recherche Tejiendo Apoyos, où nous analysons la réalité des femmes en situation de handicap intellectuel et d’addictions selon une perspective de genre, de droits humains et de traumatisme.

Le 6 mai dernier, nous avons assisté à Madrid à la Rencontre avec la Rapporteuse spéciale sur les droits des personnes en situation de handicap des Nations Unies, un espace de réflexion où ont été abordées les principales atteintes aux droits que subissent encore les personnes en situation de handicap, et tout particulièrement les femmes.

Suite à cette rencontre et à notre recherche, nous retenons quelques idées clés sur le handicap intellectuel, les addictions et les soins.

Une triple discrimination invisible

Les femmes en situation de handicap intellectuel et en proie à des addictions se heurtent à une réalité marquée par l’intersection entre le genre, le handicap et les addictions. Cette triple discrimination n’agit pas isolément, mais génère des situations d’exclusion où bien souvent aucun système ne parvient à répondre réellement à leurs besoins.

Alors que certains dispositifs destinés au handicap excluent les femmes en raison de leur consommation, de nombreux services de traitement des addictions demeurent inaccessibles sur le plan cognitif.

L’addiction ne peut être comprise sans traumatisme

L’une des principales conclusions est que, dans de nombreux cas, la dépendance apparaît comme une réponse à des trajectoires marquées par des violences, des abandons ou des atteintes aux droits.

La violence sexuelle, la violence fondée sur le genre, la négligence institutionnelle ou l’isolement social traversent bon nombre de ces trajectoires de vie. Sous ce regard, l’addiction cesse d’être comprise uniquement comme un problème individuel et est désormais vue comme une forme de survie émotionnelle.

Sur-médicalisation et infantilisation

Le rapport des Nations Unies indique que de nombreuses femmes en situation de handicap sont traitées par la contrainte plutôt que par un accompagnement.

La sur-médicalisation, l’abus de psychotropes ou l’absence de soutiens réels finissent par limiter leur autonomie et pérenniser le mal-être.

À cela s’ajoute l’infantilisation constante :

  • on remet en question leur capacité à décider,
  • leur participation aux traitements est limitée,
  • et leur droit à construire leur propre projet de vie est invisibilisé.

Le droit de vivre en communauté

La Convention relative aux droits des personnes handicapées (article 19) rappelle que toute personne a le droit de vivre de manière indépendante et de faire partie de la communauté.

Pourtant, de nombreuses femmes restent éloignées de leur entourage par manque de soutiens adéquats, de ressources accessibles ou de réseaux communautaires qui soutiennent leurs processus de rétablissement.

L’institutionnalisation ne peut pas constituer la seule réponse face à des situations complexes.

Un système de soins fondé sur les droits

Aussi bien les Nations Unies que l’enquête Tejiendo Apoyos convergent sur une idée centrale : la récupération n’est possible que lorsqu’il existe des soutiens réels, accessibles et non discriminatoires.

Cela implique :

  • intégrer une perspective de genre et de handicap dans l’ensemble des ressources,
  • créer des soutiens communautaires et des réseaux d’accompagnement,
  • garantir l’accessibilité cognitive,
  • et reconnaître le droit des femmes à participer activement à leurs propres parcours.

Vers une récupération fondée sur la dignité

Parler des addictions et du handicap intellectuel ne peut se limiter au simple constat de consommation. Cela implique aussi d’aborder la violence, les traumatismes, l’autonomie, les droits et les soins.

Car aucune récupération ne peut se maintenir si l’exclusion, la stigmatisation ou l’absence de soutiens persistent.

Nous continuons à tisser des soutiens à partir d’un regard centré sur la dignité, l’autonomie et les droits des femmes.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.