Lorsque l’on parle d’addictions, on a tendance à focaliser le regard sur la personne qui consomme: son parcours, ses rechutes, sa rémission. Mais autour de chaque personne vivant une addiction se trouvent d’autres vies impliquées, d’autres histoires qui se soutiennent dans le silence: celles des personnes qui accompagnent. Et dans la majorité des cas, ces vies portent le visage des femmes.
Depuis la ligne d’écoute pour les proches que nous gérons chez Progestión, nous avons pu l’évaluer. Du total des demandes reçues, 81,3 % ont été réalisées par des femmes. La plupart sont des mères et des partenaires, mais on relève aussi les ex-partenaires —qu’ils aient des enfants en commun ou non— qui, même après la rupture, continuent de se sentir responsables ou impliquées dans le bien-être de l’autre personne. Dans le cadre du projet d’accompagnement psychologique des proches, les données montrent la même tendance: 83 % des personnes accompagnées sont des femmes (principalement, encore une fois, des mères et des partenaires).
Ces chiffres ne sont pas fortuits. Ils parlent d’un phénomène structurel: le poids du devoir de soin, genré. On nous a appris, explicitement ou implicitement, à prendre soin des autres, à être disponibles, à soutenir le malaise des autres même au détriment du sien. Depuis l’enfance, on nous socialise pour écouter, accompagner, empathiser et même nous rendre responsables des autres. Lorsque cet apprentissage se transpose dans des contextes aussi complexes que celui des addictions, cela devient une charge silencieuse que bon nombre de femmes endossent comme si c’était leur devoir.
L’amour, la loyauté ou la famille se mêlent au mandat du soin, et les frontières s’estompent. Ainsi, certaines mères, partenaires et ex-partenaires sentent qu’elles doivent tout endurer, qu’elles doivent secourir et ne pas abandonner, ou qu’elles doivent porter la culpabilité d’une personne qui ne fait plus partie de leur vie. Et pendant ce temps, leurs propres besoins restent relégués.
Pour cela, il est urgent de mettre l’accent non seulement sur les personnes en addiction, mais aussi sur celles qui prennent soin depuis ce lieu historiquement attribué aux femmes. Nous devons repenser le soin à partir de la responsabilité partagée, en ayant conscience que prendre soin ne peut être un mandat individuel, mais une tâche collective, accompagnée et aussi reconnue.
Chez Progestión, nous avançons dans cette direction: écouter et accompagner les familles, offrir un soutien psychologique, et aider les femmes à reconnaître leurs propres limites, leur droit au repos et à se préoccuper d’elles-mêmes.