Nous avons exercé au Danemark et aux États‑Unis : calendriers vaccinaux différents

11 mars 2026


En tant que deux pédiatres ayant exercé à la fois au Danemark et aux États‑Unis, nos points de vue sont extrêmement particuliers. Nous estimons qu’il serait mal avisé que le CDC recommande un calendrier vaccinal comparable à celui du Danemark pour la population américaine à haut risque. Une telle approche aurait pour effet d’aggraver les résultats de santé tout en augmentant les coûts. C’est d’autant plus frustrant que bon nombre des vaccins récemment retirés du calendrier vaccinal pédiatrique 2026 — mais qui restent recommandés par l’American Academy of Pediatrics (AAP) et douze autres grandes organisations médicales — affichent un solide historique de sécurité et d’efficacité.

Comparer le Danemark aux États‑Unis revient à comparer une pomme à une grande variété de fruits. Les résultats de santé du Danemark sont façonnés par son système de protection sociale, qui comprend un congé parental rémunéré, des services de garde abordables, une éducation préscolaire gratuite et une couverture universelle. Le calendrier vaccinal danois n’est pas la raison pour laquelle ils obtiennent de meilleurs résultats en matière de santé.

Le calendrier de vaccination des enfants au Danemark est l’un des plus minimalistes d’Europe, offrant une protection contre seulement 10 maladies (diphtérie, tétanos, coqueluche, Haemophilus influenzae de type b, maladie pneumococcique, rougeole, oreillons, rubéole et papillomavirus humain). Un autre pays nordique, la Finlande (qui bénéficie d’un haut niveau de couverture vaccinale et de bons résultats de santé), recommande en outre le vaccin contre le rotavirus, le vaccin contre la varicelle et les vaccins antigrippaux annuels pour les enfants. Le Royaume‑Uni, les Pays‑Bas et l’Allemagne proposent des calendriers plus complets, similaires à l’ancien calendrier américain.

Par rapport aux États‑Unis, le Danemark dispose d’un système de soins de santé plus petit et plus centralisé. L’Institut national de la santé danois, le Statens Serum Institut (SSI), a historiquement été très prudent quant à l’introduction de nouveaux vaccins. Le Danemark suit sa propre philosophie concernant le risque de maladie, les critères de gravité et les stratégies visant à éviter la fatigue vaccinale tout en préservant la confiance du public. Les variables liées à des coûts de soins de santé plus élevés — ainsi que les pertes de salaire et de productivité des parents, ou le temps passé dans les programmes d’apprentissage précoce pour les enfants — se voient attribuer moins d’importance. Le Danemark ne recommande des vaccins que contre des maladies réputées provoquer des dommages graves à long terme, une morbidité élevée ou des taux de mortalité élevés, et non contre des maladies perçues comme « bénignes ».

En travaillant au Danemark, nous avons été choqués par le nombre d’enfants et d’adolescents qui se présentent aux urgences ou qui sont admis à l’hôpital pour des symptômes liés au rotavirus, à la grippe, au virus respiratoire syncytial (VRS) et à la varicelle — des symptômes qui auraient pu être prévenus ou atténués par les vaccins. Bien que la méningite à méningocoque et l’hépatite B soient rares, ces deux maladies ne sont pas « bénignes ».

Gastro-entérite à rotavirus : Le nombre exact d’enfants danois qui se présentent annuellement à l’hôpital ou chez le médecin généraliste pour une déshydratation due au rotavirus n’est pas clairement établi. Pour les pédiatres travaillant dans les hôpitaux danois, le flux d’enfants déshydratés et apathiques arrivant aux urgences peut être écrasant lors d’une éclosion locale. Nous pensons, sur la base de notre expérience, qu’un pourcentage important de ces cas de déshydratation pourrait être évité grâce au vaccin contre le rotavirus.

Virus varicelle-zoster (VZV) : La varicelle est considérée par le SSI du Danemark comme une maladie « bénigne » et n’est donc pas obligatoirement déclarée. Cependant, ses complications ne paraissent pas bénignes lorsque l’on examine des patients présentant une déshydratation liée à la varicelle, une pneumonie secondaire ou une encéphalite. Nous avons tous deux observé des enfants atteints d’encéphalite et de vascularite cérébrale liées au VZV dans les hôpitaux danois. Nous n’avons pas observé les mêmes taux de complications lorsque nous travaillions aux États‑Unis.

Des lésions cérébrales, des crises d’épilepsie ou une surdité liés au VZV chez l’enfant sont des complications peu fréquentes mais non bénignes. Les adolescents savent que des cicatrices permanentes et creusées sur la peau ne constituent pas un problème bénin. Plus récemment, la littérature scientifique a décrit des associations entre le virus varicelle-zoster et la démence. La vaccination pourrait apporter une protection.

Grippe : En 2024-2025, environ la moitié des enfants américains (de 6 mois à 17 ans) ont reçu le vaccin contre la grippe. L’objectif est de 70 %. En 2025-2026, seul un très faible pourcentage d’enfants danois (par exemple ceux atteints de maladies pulmonaires graves ou immunodéprimés) ont reçu le vaccin antigrippal annuel. Cela se traduit par un grand nombre de visites et d’hospitalisations durant la saison grippale. Nous avons observé trop de cas de grippe, de pneumonie secondaire, de convulsions fébriles complexes, d’encéphalite et même de décès dans les hôpitaux danois. Le CDC ne devrait pas accepter un raisonnement qualitatif semblable à celui du Danemark pour abandonner la recommandation annuelle du vaccin contre la grippe chez la population pédiatrique américaine.

Bronchiolite à VRS : Les femmes enceintes américaines et danoises sont recommandées de recevoir la vaccination contre le VRS (Abrysvo) durant des périodes spécifiques, au moins deux semaines avant l’accouchement, afin de prévenir les détresses respiratoires chez les enfants. Un pourcentage relativement élevé d’infants américains est éligible au traitement par anticorps monoclonaux contre le VRS (Nirsevimab) selon les recommandations AAP de 2026. Au Danemark, seuls les nourrissons à haut risque (par exemple maladie cardiaque congénitale grave, maladie pulmonaire chronique, prématurés à haut risque) peuvent recevoir des anticorps monoclonaux.

Nous avons constaté que le VRS entraîne beaucoup trop d’hospitalisations. Nous sommes en désaccord avec la décision du CDC de diminuer la recommandation des anticorps monoclonaux contre le VRS aux États‑Unis ; elle devrait être recommandée de la même manière que dans les essais multicentriques/multiniveaux, en double aveugle et contrôlés par randomisation — conformément aux recommandations de l’AAP.

Méningocoque : Aux États‑Unis, les vaccins contre le méningocoque ont rendu cette maladie mortelle moins fréquente que durant l’époque pré‑vaccinale. Le SSI du Danemark a conclu que les taux de maladie méningococcique sont si rares qu’il est acceptable qu’un petit nombre d’enfants et d’adolescents soient hospitalisés, deviennent incapables physiquement à long terme ou décèdent.

Nous avons diagnostiqué et traité des cas de maladie méningococcique dans les deux pays. Nous nous demandons si les taux publiquement rapportés de maladie méningococcique au Danemark ne seraient pas faussement bas. Les patients suspectés de septicémie ou de méningite reçoivent généralement des antibiotiques par voie intraveineuse dans l’heure qui suit leur présentation — souvent avant qu’un prélèvement lombaire ait été réalisé. Nous sommes heureux que nos propres enfants aient été vaccinés en toute sécurité et efficacement contre la maladie méningococcique.

Virus de l’hépatite B : En général (pour tous les âges), les taux d’incidence de l’hépatite B — qui peut provoquer une hépatite, une cirrhose, un carcinome hépatocellulaire ou une insuffisance hépatique — sont nettement plus élevés aux États‑Unis. Cependant, les taux d’incidence au Danemark pourraient ne pas rester statiques avec le temps. Les facteurs de risque incluent les rapports sexuels non protégés, le partage d’aiguilles, les piqûres accidentelles, l’utilisation d’équipements non stériles pour les tatouages ou les piercing, la transmission mère à l’enfant lors de l’accouchement, ou une exposition par contact étroit.

Au Danemark, le pédiatre est appelé d’urgence lors d’un accouchement chaque fois qu’une mère est positive au virus de l’hépatite B. Le nouveau-né doit recevoir le vaccin contre l’hépatite B et une immunoglobuline dans les 12 heures. Alors qu’un dépistage initial de l’hépatite B pendant la grossesse identifie la plupart des porteurs, une exposition au virus après ce dépistage peut conduire à une infection aiguë plus proche de la date d’accouchement, ce qui augmente fortement le risque de transmission au bébé. Bien que les taux d’incidence de l’hépatite B chez les enfants soient faibles dans les deux pays, le vaccin contre l’hépatite B est sûr et efficace.

Nous pensons fermement que le CDC a commis une grosse erreur en adoptant un calendrier vaccinal similaire à celui du Danemark. Nous recommandons de poursuivre avec le calendrier de l’AAP. Les États‑Unis méritent un calendrier vaccinal plus adapté, basé sur leurs propres données épidémiologiques, une analyse coût‑bénéfice et les réalités logistiques pour assurer une protection optimale à une population beaucoup plus vaste, plus diversifiée et à risque plus élevé.

Kevin P. Marks, MD, PhD, est pédiatre et chercheur affilié au H.C. Andersen Children’s Hospital-Odense University Hospital à Odense, Danemark, et au PeaceHealth Medical Group à Eugene, Oregon. Michael Thwing, MD, est pédiatre chez Pediatric Partners of the Southwest et Common Spirit Mercy Hospital à Durango, Colorado, et a précédemment été affilié au Slagelse Hospital au Danemark.


Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.