La pénurie au cœur de la pénurie des soins infirmiers

19 janvier 2026

La pénurie d’infirmières à l’échelle nationale est un problème bien connu et un sujet récurrent pour les directions de nombreuses organisations de soins de santé. Des efforts pour remédier à cette pénurie sont en cours depuis des années, allant d’initiatives promotionnelles destinées à encourager le recrutement à des bourses fédérales et à des prêts destinés à soutenir la formation. Les États ont également lancé des programmes, souvent avec la condition que l’infirmière demeure dans l’État où la bourse a été attribuée pour pouvoir exercer.

Malgré ces mesures, la pénurie d’infirmières persiste, tout comme une problématique connexe et tout aussi marquante : la diminution du nombre de membres du corps professoral disponibles pour former les futures professionnelles de santé. En 2022-2023, pas moins de 8,8 % des postes de professeurs d’infirmerie à temps plein au niveau national restaient vacants.

L’American Association of Colleges of Nursing (AACN) a identifié les causes profondes de cette pénurie de corps professoral. L’un des facteurs est le vieillissement du corps professoral, avec peu d’années restantes à enseigner avant la retraite. Par ailleurs, le corps professoral académique a tendance à être moins rémunéré que d’autres infirmières et infirmiers — certains passent par une réduction salariale allant jusqu’à 40 000 dollars annuels en quittant la pratique clinique pour entrer dans le milieu universitaire. De nombreuses infirmières et infirmiers hésitent probablement à accepter une telle diminution de salaire. Un autre facteur est le déclin progressif des inscriptions dans les programmes de master et de doctorat en sciences infirmières, ce qui réduit le nombre de nouvelles infirmières et infirmiers formés à l’enseignement et aptes à enseigner.

Refuser des candidates et candidats potentiels en soins infirmiers

Cette pénurie de corps professoral influence fortement la pénurie d’infirmières et d’infirmiers. Dans le rapport 2023-2024 de l’AACN, les programmes américains de soins infirmiers ont indiqué avoir été contraints de refuser au total 65 766 candidatures, en grande partie en raison d’un nombre insuffisant de professeurs. Pour aggraver le problème, il existe un nombre limité de sites cliniques et un espace insuffisant dans les salles de cours et les laboratoires de simulation, ainsi qu’un manque de fonds pour soutenir l’expansion des programmes en soins infirmiers.

Explorer des solutions

Alors que la pénurie d’infirmières est largement reconnue, celle du corps professoral infirmier reçoit beaucoup moins d’attention. Une attention accrue au problème a incité les décideurs fédéraux à proposer une législation visant à instaurer un programme pilote destiné à augmenter les salaires des enseignants en soins infirmiers et à soutenir les efforts de recrutement et de rétention du corps professoral. Cela progresse malheureusement lentement.

Entre-temps, certains États ont lancé des programmes visant à augmenter le nombre de professeurs cliniques ou de précepteurs en offrant certains incitatifs à l’enseignement. Le Texas, le Tennessee et Hawaï ont mis en place des programmes tels que des exonérations de frais de scolarité; une rémunération pour la supervision des étudiants en plus de leur salaire habituel; et des crédits d’impôt.

Une implication accrue des infirmières dans l’élaboration des politiques pourrait-elle accélérer le changement législatif ? Bien que de nombreuses infirmières ne se sentent pas à l’aise pour s’impliquer dans le champ politique, rester informé et devenir actif au sein des organisations infirmières étatiques et nationales est un bon départ. Les organisations infirmières sont des porte-voix puissants pour la profession, et lorsque le nombre de membres est élevé, leur influence est plus grande.

Une autre intervention consiste à instaurer davantage de partenariats entre le monde académique et le milieu professionnel. Ceux-ci intègrent les programmes d’enseignement des sciences infirmières dans un cadre de pratique sanitaire, et les deux organisations travaillent ensemble pour préparer les nouvelles infirmières et infirmiers à la profession. Cela contribue simultanément à répondre aux besoins de la main-d’œuvre et aux pénuries de personnel enseignant. Cela peut également favoriser davantage d’expérience clinique, stimuler le développement professionnel et offrir des filières de recrutement garanties pour les hôpitaux. En somme, cela représente un retour sur investissement pour toutes les organisations impliquées, chacune apportant des bénéfices à l’autre sous forme de « capital humain », converti en valeur financière, opérationnelle et pédagogique.

Il est également temps de revoir le parcours de recrutement en soins infirmiers. Selon une enquête menée en 2022, près de 100 000 infirmières diplômées et 34 000 infirmières praticiennes titulaires d’un permis ont quitté la profession en raison des retombées de la pandémie de COVID-19. Les recruteurs doivent tenir compte des mutations démographiques en matière d’âge médian, de genre et de race afin d’attirer de nouvelles infirmières et infirmiers. Par exemple, les recruteurs ont commencé à se rendre dans les lycées pour susciter l’intérêt pour la profession à travers des programmes d’observation, similaires au shadowing, avec leur établissement.

Enfin, certaines organisations philanthropiques se sont intéressées à la question et ont apporté leur soutien aussi bien financièrement que par le plaidoyer en faveur d’un financement fédéral accru. Cette aide s’est concentrée sur l’élargissement du nombre d’infirmières et infirmiers préparés au doctorat qui peuvent occuper des postes d’enseignants.

Offre et demande

La demande d’infirmières qualifiées continue de dépasser l’offre. Cette insuffisance devrait s’accentuer au fur et à mesure que davantage d’infirmières prennent leur retraite. Pour y répondre, il est essentiel d’augmenter le corps professoral et de développer les programmes d’enseignement des sciences infirmières.

Chaque année, le corps professoral infirmier est amené à faire davantage avec moins, tout en étant censé continuer à offrir une éducation infirmière de haute qualité. Bien que les solutions proposées pour remédier à la pénurie du corps professoral puissent être perçues comme des mesures temporaires, il est indispensable de lancer au moins une de ces solutions afin de retenir celles et ceux qui occupent déjà des postes et d’accueillir les nouveaux. Sans ces efforts, la pénurie de corps professoral infirmier perdurera au sein de la pénurie générale en soins infirmiers.

Dana K. Plank, MS, RN, est une infirmière diplômée et technicienne vétérinaire agréée.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.