Isolement, migration et consommation de substances

11 novembre 2025

Avis : Maider Moreno García

La solitude, l’isolement et l’absence de réseaux formels et informels constituent un autre élément parmi les facteurs de risque dans le développement des addictions chez les personnes migrantes. Pour toutes les personnes en général, la solitude est un facteur de risque de consommation ; chez les personnes migrantes, il a été démontré qu’elle les éloigne également de la possibilité d’accéder aux traitements. Cela est particulièrement vrai pour les femmes, bien plus stigmatisées que leurs homologues masculins lorsqu’elles consomment, surtout lorsqu’elles sont mères, et pour qui parler de leur addiction implique aussi le risque de perdre leurs liens avec la communauté d’origine dans le pays de migration (Coordonnatrice des ressources pour les migrants en situation d’addictions, Madrid). En conséquence, les femmes reçoivent moins d’attention et d’accompagnement dans des ressources qui, bien souvent, ne sont pas pensées pour elles.

La relation entre la rupture des liens et la consommation pathologique de substances est l’un des éléments communs à toutes les personnes migrantes souffrant d’addictions que nous avons interrogées. Les mots de Reda montrent comment le deuil migratoire et particulièrement la solitude se rapportent à la consommation :

« La consommation de drogues est une mort douce, elle te tue petit à petit. Se droguer te fait du mal mais lorsque tu te retrouves seul, sans connaître la langue, avec la nostalgie de ton pays, sans savoir où aller ni que faire, alors tu consommes. Tu consommes sans savoir que cela affecte ta santé, mais ensuite tu te rends compte que tu as perdu ton temps. » (Reda, Algérien, 21 ans, le 9 avril 2025, Madrid).

Le travail de reconstruction des réseaux formels et informels devrait être la première tâche pour ceux qui accompagnent les personnes migrantes en situation d’addictions. « l’écoute » ou « un câlin » sont les besoins que les participants à une étude sur la migration et les addictions ont signalés comme prioritaires, au même titre qu’un plat de nourriture ou qu’un toit. Comprendre cela, c’est prendre en compte que la migration et le deuil migratoire font partie du développement des addictions pour ceux qui se déplacent et que la « solitude » constitue le plus grand facteur de risque face aux addictions.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.