Drogues, migration et inégalités : quand l’accès aux soins n’est pas un droit pour tous

1 octobre 2025

Dans l’Union européenne, des milliers de personnes migrantes qui consomment des drogues restent privées d’un accès effectif aux services essentiels de soins et de réduction des risques. C’est ce que révèle un article collectif intitulé “Drug use and access to drug dependency services for vulnerable migrants who use drugs in the European Union”, publié en 2023 dans l’International Journal of Drug Policy. Le texte réunit le consensus de 32 expertes et experts issus de la société civile — parmi eux des activistes, des professionnels de la santé, des personnes ayant vécu l’expérience et des travailleurs et travailleuses communautaires — originaires de 14 pays européens. Leur diagnostic est sans équivoque: les difficultés d’accès aux traitements et au soutien continuent d’être structurellement inéquitables et excluent systématiquement les migrants les plus vulnérables.

Parmi les obstacles les plus marquants identifiés, on compte: la peur d’être détenu ou expulsé; la méconnaissance des droits; l’absence de permis de séjour stables; l’exclusion des systèmes publics de santé; le manque de services adaptés sur les plans culturel et linguistique; et une confiance envers les institutions sanitaires qui se trouve largement ébranlée. Cette situation se voit exacerbée lorsque l’on croise d’autres formes de violences structurelles, telles que le racisme, la pauvreté ou la stigmatisation des femmes qui consomment, des personnes trans ou celles qui exercent le travail du sexe.

À partir de ces constats, le groupe a élaboré 24 recommandations clés, destinées aussi bien aux responsables des politiques publiques qu’aux professionnels de la santé. Parmi les mesures les plus urgentes figurent: garantir l’accès aux services de soins et de traitement, quel que soit le statut migratoire; dissocier toute liaison entre les services de santé et les autorités migratoires; adapter les programmes à des contextes multiculturels; intégrer des interprètes; renforcer la formation du personnel sur les droits humains et sur des approches antiracistes; et créer des espaces sûrs où les personnes puissent accéder aux soins sans craindre des représailles. Il est également préconisé d’accroître le financement public des organisations communautaires qui, concrètement, assurent l’accès réel aux droits.

L’article ne se contente pas d’une analyse technique: il s’agit aussi d’un positionnement politique. Il part du principe que les politiques de drogues et d’immigration, telles qu’elles sont conçues dans de nombreux États européens, opèrent de manière excluante, punitive et discriminatoire. Et il rappelle que garantir l’accès aux services de santé et de traitement n’est pas un geste d’assistance, mais une obligation légale et éthique. Personne ne devrait être privé du droit de recevoir des soins du seul fait d’avoir franchi une frontière.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.