Briser le silence : femmes atteintes d’un handicap intellectuel et d’addictions, une réalité à ne pas ignorer

27 septembre 2025

Article d’opinion : Beatriz Poza

Parler des addictions n’est jamais simple. Parler d’un handicap intellectuel non plus. Mais réunir ces deux sujets dans une même conversation, et y ajouter la perspective de genre, revient à s’aventurer sur un terrain dont on parle peu, voire rarement, mais qui influence profondément la vie de nombreuses femmes.

Les femmes adultes en situation de handicap intellectuel se trouvent à la croisée des chemins de vulnérabilités multiples. Non seulement elles doivent faire face aux obstacles propres au handicap (manque d’information accessible, dépendance à des soutiens, stigmatisation sociale), mais aussi à l’inégalité structurelle qui persiste chez les femmes. Lorsque l’on ajoute le risque d’addictions, le tableau se complique : bien souvent elles n’ont même pas reçu d’informations adaptées sur les drogues, l’alcool ou les conduites addictives, et elles manquent également d’espaces de confiance où pouvoir en discuter.

Nous ne pouvons pas ignorer que, bien trop souvent, la consommation n’est pas un choix libre, mais la conséquence de contexts dangereux, d’abus, d’isolement ou d’un manque d’opportunités pour une vie épanouie et autonome. Et ce qui est le plus inquiétant : les réponses que notre société apporte sont souvent inappropriées. Les ressources de prévention et de traitement n’abordent que rarement leurs besoins spécifiques. Les programmes ne s’adaptent pas à leur manière de comprendre, de communiquer et de prendre des décisions. Dans de nombreux cas, elles ne sont même pas envisagées comme d’hypothétiques utilisatrices de ces services, ce qui les rend invisibles de manière dangereuse.

Il est temps de regarder cette réalité en face. Il faut des politiques publiques qui reconnaissent cette intersection entre genre, handicap et addictions, des professionnels formés à une prise en charge inclusive et avec une perspective de genre, et des campagnes de sensibilisation qui leur parviennent sous des formats accessibles. Mais surtout, il faut les écouter. Écouter leurs peurs, leurs expériences et leurs propositions. Car ce sont elles qui savent le mieux quels soutiens elles nécessitent.

La prévention et l’accompagnement ne peuvent pas être un luxe réservé à quelques-unes. Ils doivent être un droit garanti pour toutes, en particulier pour celles qui rencontrent les plus grandes barrières sur le chemin. Rompre le silence autour des femmes avec handicap intellectuel et addictions n’est pas seulement un acte de justice sociale : c’est une étape indispensable vers une société plus humaine, plus consciente et véritablement inclusive.

« La véritable compassion n’est pas de faire pour les autres, mais de les voir dans leur entièreté, au-delà de leurs limitations apparentes. » David R. Hawkins

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.