Dysphagie : aliments et boissons à haut risque d’étouffement

6 septembre 2026



   Tragar est un acte quotidien auquel on accorde rarement une grande attention, jusqu’à ce que cela devienne problématique. La dysphagie, c’est-à-dire la difficulté ou l’impossibilité de transporter les aliments de la bouche jusqu’à l’estomac, peut compromettre à la fois l’alimentation et la sécurité respiratoire de la personne qui en souffre. En pratique, elle peut entraîner non seulement la déshydratation et la malnutrition, mais aussi des aspirations et des pneumonies.

Et ce n’est pas seulement les aliments durs qui peuvent provoquer un étouffement

   Et même s’il peut sembler que ce sont les aliments les plus durs qui présentent le plus de risques, ce n’est pas toujours le cas : les liquides très fluides, comme l’eau, ou les produits qui mélangent différentes textures peuvent s’avérer particulièrement difficiles à maîtriser lors de la déglutition. Le docteur Carlos Ruiz Escudero, chef du Service de Diagnostic par l’Image de l’Hôpital Universitaire Quirónsalud Madrid, explique quelles signaux doivent alerter, quels aliments présentent un risque plus élevé, et comment adapter leur texture pour manger et boire en toute sécurité, lors de cet entretien avec Europa Press Santé Infosalus.

   Selon cet expert, jusqu’à 67 pour cent des patients ayant subi un AVC présentent une forme ou une autre de trouble de la déglutition, et cela est également fréquent chez les personnes touchées par des maladies neurodégénératives, ou chez les patients atteints de tumeurs de la tête et du cou (plus probable chez les patients ayant reçu une radiothérapie).

   « La dysphagie est aussi courante chez les personnes qui ont subi une chirurgie cervicale, avec des troubles neurologiques fonctionnels, et chez ceux souffrant de phagophobie (peur de déglutir les aliments) qui développent fréquemment des troubles de la déglutition », ajoute cet oto-rhino-laryngologue.

ATTENTION À CES ALIMENTS

   Ainsi, nous avons demandé à Ruiz Escudero de détailler quels aliments posent le plus de problèmes dans la dysphagie oro-pharyngée, et il avertit à cet égard que ce ne sont pas toujours les plus durs, mais ceux qui sont difficiles à contrôler en bouche ou qui présentent plusieurs textures en même temps, parmi lesquels il pointe :

   ·Liquides très fluides, l’une des principales causes d’aspiration chez les patients souffrant de dysphagie.

   ·Aliments à double texture (soupe avec des nouilles ou des morceaux, lait avec des céréales, etc.) car ils exigent une coordination très précise que de nombreuses personnes atteintes de dysphagie ne peuvent réaliser.

   ·Aliments secs qui se défont, comme le pain grillé, les chips, car ils ont tendance à se fragmenter en petites particules qui peuvent se disperser dans la cavité buccale.

   ·Aliments fibreux (asperges, artichaut) car les fibres sont difficiles à mâcher et à former un bol cohésif.

   · Fruits à coque et graines, aliments collants, ou certains aliments durs nécessitant beaucoup de mastication.

ERREURS DANS LA PRÉPARATION DES REPAS

   Dans ce sens, le chef du Service d’Imagerie Diagnostique de l’Hôpital Universitaire Quirónsalud Madrid affirme qu’en pratique clinique, on observe une série d’erreurs fréquentes, qui peuvent augmenter de façon significative le risque d’étouffement, d’aspiration pulmonaire, de malnutrition ou de déshydratation, parmi lesquelles on retrouve :

   ·Ne pas adapter correctement la texture des aliments, en proposant des produits trop durs, secs, ou nécessitant une mastication importante.

   ·Considérer qu’il suffit de réduire tout aliment en purée : une purée avec des grumeaux, des fibres, des peaux ou des graines peut rester dangereuse.

   ·Mélanger des textures différentes dans le même plat, par exemple soupe avec des morceaux, céréales dans du lait, ou fruits très juteux ; les textures mixtes sont souvent particulièrement difficiles à maîtriser lors de la déglutition.

   ·Les malades présentant une dysphagie vis-à-vis des liquides rencontrent également des difficultés s’ils reçoivent des liquides sans épaississant, en pensant à tort que l’eau est toujours inoffensive.

   ·Utiliser des épaississants de manière incorrecte, en ajoutant des quantités insuffisantes ou excessives.

   ·Parfois, on privilégie la quantité sur la sécurité, en insistant pour que le patient termine son assiette même s’il est fatigué.

   ·Permettre que le patient mange en position couchée ou demi-assise, augmentant le risque d’aspiration.

L’ADAPTATION DES TEXTURES, LA MESURE PHARE

   Ici, cet expert de Quirónsalud Sur souligne que l’adaptation des textures consiste à modifier la consistance des aliments et des boissons pour les ajuster à la capacité de mastication et de déglutition de chaque patient: « L’objectif est que le bol alimentaire soit facile à contrôler dans la bouche, qu’il puisse se déplacer de manière coordonnée vers le pharynx, et qu’il réduise le risque qu’une partie de l’aliment entre dans les voies respiratoires ».

   Les textures sûres doivent être homogènes, poursuit-il, sans grumeaux ni particules, sans fibres longues, sans graines, ni os, ni peaux, mais avec une humidité suffisante. « L’objectif est que le bol alimentaire soit cohésif et qu’il ne se fragmente pas dans la bouche », ajoute-t-il.

   De plus, cet oto-rhino-laryngologiste souligne que l’un des grands défis de l’alimentation des patients dysphagiques est que l’adaptation des textures se traduise par un régime monotone, peu attrayant ou nutritionnellement déficient.

   « Nous recommandons de varier les ingrédients et les saveurs pour éviter la monotonie; maintenir un apport protéique adéquat grâce à des viandes, poissons, œufs, légumineuses ou produits laitiers adaptés; utiliser des épices et des herbes aromatiques pour intensifier le goût; soigner la présentation des plats, car l’aspect visuel influence fortement l’appétit, ou enrichir nutritionnellement les purées avec de l’huile d’olive extra vierge, du lait en poudre, du fromage frais, ou des protéines de substitution lorsque nécessaire. Il aide aussi beaucoup à répartir l’alimentation sur plusieurs petites prises si la fatigue apparaît lors du repas », souligne-t-il.

LE RÔLE DES ÉPAISSISSANTS

   Par ailleurs, le docteur Ruiz met en évidence le rôle des épaississants pour les patients dysphagiques, des produits conçus pour augmenter la viscosité des liquides, les rendant plus lents et plus faciles à maîtriser lors de la déglutition.

   « Chez les patients atteints de dysphagie, surtout lorsque la difficulté à gérer des liquides fins comme l’eau, le café ou les infusions est marquée, ces produits peuvent être essentiels. L’épaississant augmente la viscosité en faisant circuler le liquide plus lentement, ce qui permet au patient de disposer de plus de temps pour la déglutition et réduit ainsi le risque d’aspiration », affirme-t-il.

   Et il ne faut pas oublier que, dans de nombreux cas, l’hydratation de ces patients représente l’un des grands défis, car la déshydratation est l’un des problèmes les plus fréquents chez les personnes dysphagiques: « Beaucoup de patients boivent moins par peur de s’étouffer. Pour les aider, il est important d’utiliser des épaississants qui leur permettent d’ingérer des liquides avec la viscosité indiquée. Leur proposer aussi de petites quantités de liquide régulièrement tout au long de la journée, en contrôlant toujours la posture pendant l’ingestion (Patient assis et droit). L’hydratation peut aussi être soutenue par la consommation de gels gélifiés adaptés, d’eau gélifiée, de purées riches en eau, ou de yaourts, crèmes ou crèmes dessert lorsque cela est indiqué ».

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.