Les stéréotypes de genre n’influencent pas seulement la façon dont la société juge les femmes en situation d’addiction, mais aussi la manière dont elles sont prises en charge, diagnostiquées et traitées au sein du système de santé.
Derrière de nombreuses procédures cliniques apparemment “neutres”, se cache un regard biaisé qui minimise la douleur, médicalise leur mal‑être et applique des traitements pensés pour les hommes.
Médicaliser le malaise féminin : quand le biais réside dans l’accompagnement
Depuis des décennies, la souffrance émotionnelle des femmes est interprétée à travers un prisme d’excès émotionnel, de fragilité ou d’hystérie. Lorsqu’une femme se rend à une consultation pour de l’anxiété, des troubles du sommeil ou de la tristesse, les causes profondes (telles que la charge mentale, la violence ou le traumatisme) ne sont bien souvent pas explorées et son mal‑être est attribué à son caractère, à son cycle hormonal ou à une prétendue « émotionnalité exagérée ».
Le résultat est une pratique fréquente : médicaliser le mal‑être. Au lieu d’un accompagnement psychologique, on propose des solutions rapides : des antidépresseurs ou des anxiolytiques qui soulagent les symptômes, mais n’abordent pas les causes.
Selon le Ministère de la Santé (EDADES, 2024), la consommation de psychotropes chez les femmes est de 31,4 %, contre 23,5 % chez les hommes, et diverses études avertissent que les femmes ont davantage tendance à recevoir une médication psychiatrique sans évaluation psychologique ni suivi adéquat.
Cette médicalisation, loin d’apporter un soulagement, peut conduire à une dépendance et à une chronicisation du mal‑être. Il faut d’ailleurs noter que le pourcentage le plus élevé de consommation de psychotropes se situe dans la tranche d’âge 55‑64 ans, atteignant 21 % (EDADES, 2024).
L’étude « Vidas supervisadas : Un analyse des contextes qui perpétuent la consommation de psychotropes chez les femmes » de l’Association Progestión (Marta Escolano-Vega, 2024) indique que “les participantes décrivent comment la gestion de la consommation de psychotropes s’effectue entre la subordination aux ordres médicaux et la dissidence silencieuse, où les femmes ajustent les doses sans les communiquer afin d’éviter la stigmatisation ou les sanctions”.
Il s’agit d’un cercle silencieux: la douleur des femmes est traitée par des médicaments, les causes structurelles restent invisibles et l’idée selon laquelle leur souffrance est quelque chose qu’elles doivent supporter en silence se renforce.
Cette publication s’inscrit dans le cadre du projet « Femmes conscientes II » (sensibilisation spécifique pour les femmes confrontées à des problèmes d’addictions), financé par le Ministère de l’Égalité via la Délégation du Gouvernement contre les violences basées sur le genre.