Santé mentale en Espagne dénonce la violence et le manque de protection envers les femmes et les filles atteintes de troubles de la santé mentale

18 septembre 2026



La Confédération Santé Mentale Espagne a dénoncé la situation de déprotection et les violences qu’elles subissent de manière « systématique » chez les femmes, filles et adolescentes souffrant de troubles de la santé mentale, dans divers domaines de leur vie.

Ainsi, elle l’a fait dans son « Rapport sur l’état des droits humains en santé mentale 2025 », établi à partir des résultats de l’« Étude GEA sur la gestion de l’autonomisation et l’accessibilité des droits des femmes et des filles avec des problèmes de santé mentale en Espagne », élaborée elle aussi par la Confédération Santé Mentale Espagne.

Cette étude attire l’attention sur une « claire violation des droits sociaux dans tous les domaines de la vie des femmes, adolescentes et filles ayant des problèmes de santé mentale » et déplore que la société et les services publics transforment souvent leurs besoins en pathologies ou en diagnostics psychiatriques, exerçant une violence structurelle sur leurs vies.

Ainsi, le document met en lumière, entre autres, les violences institutionnelles, l’invalidation de la maternité, l’invisibilisation de leur sexualité, la limitation de leur autonomie économique ou la difficulté à maintenir des relations affectives et des soins sûrs.

Selon l’étude, 40 pour cent d’entre elles déclarent avoir été victimes de violences physiques ou psychologiques de la part de leur entourage (amis, famille), 35 pour cent de partenaires ou ex-partenaires et 19 pour cent de personnes inconnues.

Face à ces données, le rapport avertit d’un « très haut niveau de corrélation entre les violences depuis le début de la vie et les dysfonctionnements de la santé mentale, voire certains problèmes graves de santé mentale. Il est très difficile de parler de vie sans violence chez les femmes ayant des problèmes de santé mentale. Cette corrélation se produit toujours ».

La féminisation de la pauvreté est une autre barrière persistante mise en évidence dans le rapport, une circonstance qui affecte inévitablement l’autonomie et la qualité de vie des femmes, filles et adolescentes confrontées à des problèmes de santé mentale.

Selon l’étude GEA, 84 pour cent des femmes ayant des problèmes de santé mentale ont déménagé ces dernières années parce qu’elles ne pouvaient plus payer le loyer ou l’hypothèque. En outre, on observe des difficultés accrues d’accès au marché du travail en raison d’un manque de référence vers des services socioprofessionnels de formation et d’éducation pour les femmes et les filles, dû au design androcentrique des services et à la répartition inégale des tâches en raison du genre et aux difficultés de conciliation.

BIAIS DANS L’ACCOMPAGNEMENT PROFESSIONNEL

De l’autre côté, le rapport met en évidence les données recueillies par l’étude GEA sur l’approche des professionnels de la santé mentale lorsqu’ils se trouvent face à une femme, une adolescente ou une fille.

La majorité des professionnels admet avoir un biais de genre. Par exemple, 74 pour cent ont identifié des médications inadaptées et/ou excessives, et 85 pour cent estiment que les services existants ne répondent pas à tous les besoins des filles, des adolescentes et des femmes souffrant de troubles mentaux.

Cette perception est corrélée avec les expériences des femmes, dont 41 pour cent déclarent n’avoir pas eu de révision de leurs protocoles médicamenteux depuis plus de six ans, 67 pour cent indiquent ne pas avoir reçu suffisamment d’informations sur les effets secondaires de leur traitement et 65 % n’ont pas été informées sur des traitements alternatifs.

De plus, 21 pour cent ont été hospitalisées à un moment donné (et parmi elles, 37 pour cent de manière involontaire), tandis que 51 pour cent ont subi des mauvais traitements pendant l’hospitalisation.

L’IA, RISQUES ET BÉNÉFICES POTENTIELS

Un autre aspect abordé par le rapport est l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé mentale. À cet égard, la Commission de défense des droits de la Confédération a étudié quelques propositions formulées par d’autres organismes, comme Mental Health Europe, intitulée « Intelligence artificielle et santé mentale ».

Dans cette étude, on propose une analyse des opportunités et des risques liés à une prise en charge de la santé mentale qui recourt à cette technologie, en présentant une série de réflexions sur l’éthique professionnelle et le respect des droits des personnes souffrant de problèmes de santé mentale.

L’étude souligne également que « la santé est l’un des secteurs les plus prisés pour le déploiement de l’IA dans l’Union européenne », utilisée tant pour des tâches administratives que pour soutenir la prise de décision professionnelle, les thérapies numériques et les technologies de détection personnelle, ainsi que le suivi des personnes souffrant de troubles mentaux.

Bien que l’on reconnaisse des bénéfices potentiels, tels que « l’amélioration de l’accès aux soins en santé mentale, notamment pour les populations mal desservies, et la réduction des charges administratives dans les systèmes de santé », sur le plan individuel, on met en garde contre « des risques de sécurité, des violations de la vie privée et un consentement éclairé inadéquat, le renforcement des inégalités ou la création d’autres nouvelles, la surveillance excessive, le renforcement des visions individualistes de la santé mentale, la dépersonnalisation des soins et le détournement de ressources limitées ».

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.