Par: Marta Escolano Vega
Cela fait désormais dix mois que nous menons une enquête sur l’intégration de la figure du pair dans les programmes et services d’accompagnement à la consommation de drogues. Pour ceux qui l’ignorent: la figure du pair (ou « pair ») désigne des personnes ayant une expérience vécue qui participent de diverses manières au travail, à l’accompagnement et à la conception des services. Selon ce que décrit la littérature, cela les rend en quelque sorte plus horizontaux, puisqu’ils représentent la réalité des publics que ces services prennent en charge. Et bien que l’on pourrait évoquer dès à présent les conclusions majeures concernant les atouts et les limites de cette intégration, l’accueil par les équipes ou le financement de cette figure, je ne parlerai pas de tout cela aujourd’hui, même si voici un bref aperçu: la participation des pairs et des personnes usagères dans les services en Espagne est — en restant optimistes — faible.
Mais le fait que ce soit faible ne signifie pas que l’on ne puisse pas en discuter; au contraire, même si la participation semble réduite, nous en parlons lors de réunions, d’événements, de formations et dans les affiches. Autrement dit, il paraît exister un réel intérêt parmi le secteur associatif et non lucratif pour que les personnes participent. Toutefois, lorsque l’on parle de participation, on a généralement tendance à supposer que les personnes doivent s’adapter à des dynamiques préexistantes à leur arrivée et les naturaliser comme si elles avaient été conçues par eux-mêmes, c’est-à-dire que l’on semble considérer que l’objectif est que les personnes usagères valident les structures des services et les politiques.
Selon cette logique, les personnes deviennent des pairs une fois qu’elles ont franchi le processus de sélection fixé par l’organisation et qu’elles ont établi un engagement formel avec celle-ci. Or, en vérité, tout le monde est déjà immergé dans des relations de pairs, y compris les personnes usagères, sans qu’il soit nécessaire d’institutions formelles qui leur confèrent ce statut; ce qu’un service qui souhaite introduire la figure du pair et garantir une participation significative doit faire, justement, c’est imiter ces réseaux relationnels qui existent déjà et veiller à ce qu’ils se développent en faveur des objectifs de l’organisation, sans que l’influence de celle-ci ne les transforme de manière substantielle.
Une tâche pas facile, surtout lorsque, dans la plupart des cas, les objectifs des projets ne sont pas définis par les personnes usagères elles-mêmes. Il s’agit donc de premiers pas fortement recommandés: socialiser les objectifs, les formuler de manière flexible et faire confiance à l’informalité des relations quotidiennes comme un élément qui renforcera l’adhésion à ces objectifs.