Migration, consommation de drogues et droit à la santé : les clés d’un rapport européen

23 septembre 2025

Un récent rapport sur « Les personnes migrantes et les drogues : réponses sanitaires et sociales » (2024), élaboré par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EUDA), offre une radiographie précise des besoins sanitaires et sociaux des personnes migrantes qui consomment des drogues dans l’Union européenne, ainsi que des obstacles qu’elles rencontrent pour accéder aux services de soins et à la réduction des risques. Le document s’appuie sur un processus de consensus entre expertes et experts et des organisations de différents pays, et formule des recommandations concrètes pour garantir un accès équitable à la santé.

L’étude confirme que ce collectif est loin d’être homogène : au sein de celui-ci coexistent des réalités marquées par le genre, la situation socioéconomique ou l’origine ethnique, des facteurs qui peuvent aggraver l’exclusion et limiter l’accès aux ressources. Parmi les obstacles identifiés figurent l’ignorance des services disponibles, les barrières linguistiques et culturelles, la peur d’être criminalisé ou expulsé, et les expériences traumatiques vécues durant la migration, qui dans certains cas agissent comme des déclencheurs de la consommation. De plus, le risque de surdose, de maladies infectieuses, de violence et de pauvreté est disproportionnellement élevé par rapport à la population générale.

Une autre conclusion est que l’absence de données spécifiques sur la prévalence et les modes de consommation parmi les personnes migrantes complique l’élaboration de politiques efficaces. La stigmatisation fondée sur des motifs raciaux ou sur le statut migratoire, ainsi que des expériences négatives antérieures avec les services d’addictions, dissuadent de recourir à l’aide. Face à ce panorama, le rapport met en relief le rôle essentiel des organisations communautaires et de la société civile, qui ont démontré leur capacité à atteindre des personnes que les systèmes de santé considèrent comme « difficiles à atteindre ». La réponse solidaire et coordonnée lors de l’arrivée des personnes déplacées par la guerre en Ukraine est un exemple de la façon dont la collaboration transnationale et le travail avec des acteurs de terrain peuvent faire la différence.

Parmi les mesures proposées, le document réclame que l’UE et ses États membres garantissent les droits humains et l’accès à la santé de toutes les personnes migrantes, sans tenir compte de leur situation administrative. Cela comprend la fourniture gratuite de services de base — des salles de consommation supervisée à l’aide en santé mentale —, la suppression des obstacles juridiques et la formation du personnel aux compétences culturelles et linguistiques. Il préconise également la création d’un comité européen spécialisé en migration et santé, la participation active des personnes migrantes à la conception des services et des campagnes pour lutter contre le racisme et la discrimination. Ce n’est qu’à travers une approche globale, inclusive et coordonnée qu’il sera possible d’offrir des soins dignes et adaptés aux besoins réels de ce collectif.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.