La pollution de l’air pourrait augmenter le risque de suicide

19 septembre 2026



   L’exposition aux polluants atmosphériques, et tout particulièrement les particules fines (PM2,5 et PM10) et le dioxyde d’azote (NO2), pourrait augmenter le risque de décès par suicide et de pensées suicidaires, selon une analyse des données regroupant l’ensemble des preuves disponibles réalisée par des experts de l’Université Queen’s de Belfast (Irlande).

    Le travail, publié dans le ‘Journal of Epidemiology & Community Health’, souligne la nécessité de considérer les expositions environnementales comme des facteurs de risque potentiellement modifiables dans les stratégies de prévention du suicide, soulignent les chercheurs. Selon eux, à l’échelle mondiale, plus de 720 000 personnes se suicident chaque année, ce qui a conduit l’Organisation mondiale de la Santé à élaborer un Plan d’action pour la santé mentale afin de réduire ce chiffre mondial d’au moins un tiers entre 2013 et 2030.

LA POLLUTION DE L’AIR ET LE RISQUE DE SUICIDE

   L’interaction entre facteurs individuels, biologiques et contextuels signifie que la prévention du suicide est véritablement un problème de santé publique, suggèrent les chercheurs. Bien que l’effet de l’exposition à des facteurs environnementaux sur les résultats en santé mentale, tels que la dépression ou l’anxiété, ait été largement étudié, le rôle potentiel des facteurs environnementaux dans le risque de suicide est moins connu.

Pour renforcer la base de preuves, les chercheurs ont voulu déterminer si la pollution de l’air, le bruit, la lumière et l’eau, ainsi que des facteurs sociodémographiques comme le sexe et les revenus, pourraient influencer le risque de décès par suicide et les comportements suicidaires.

    Les bases de données de recherche ont été minutieusement passées en revue afin de repérer des études pertinentes publiées en anglais entre janvier 2010 et avril 2024. Sur un échantillon initial de 287 études, retenues pour examen complet, 45 ont répondu aux critères d’éligibilité: 33 ont étudié le décès par suicide; 7 les pensées suicides; et 5 les tentatives de suicide.

    La majorité des études ont examiné les effets de l’exposition à la pollution de l’air (38), 3 à la pollution de l’eau, 3 à la pollution acoustique et 1 à la pollution lumineuse. Les résultats de 29 études ont été inclus dans une méta‑analyse; 16 ont été incluses dans une revue narrative, qui résume les preuves existantes par écrit.

PM2,5, PM10 et NO2, les polluants les plus liés

    L’analyse des données regroupées a montré que l’exposition à court terme à PM2,5 (13 études) et PM10 (7 études) et l’exposition à long terme à PM2,5 (6 études) et NO2 (7 études) étaient associées de manière statistiquement significative à un risque accru de décès par suicide, de tentative de suicide et de pensées suicidaires.

    La synthèse des preuves obtenue dans la revue narrative a montré d’éventuelles associations positives avec d’autres polluants de l’air, tels que le dioxyde de soufre (SO2) et l’ozone (O3), ainsi qu’avec la pollution acoustique.

    Il n’a pas été possible de réaliser une méta‑analyse des effets de la pollution de l’eau et de la lumière en raison du nombre limité d’études et des différentes mesures de résultats; les résultats de la revue narrative pour ces expositions étaient incohérents. De même, aucune association claire n’a été trouvée entre les facteurs sociodémographiques et le risque de décès par suicide ou de comportements suicidaires.

   Pour expliquer ces résultats, les chercheurs soulignent que les polluants atmosphériques, notamment PM2,5, PM10, NO2, SO2 et O3, et l’eau contaminée par l’arsenic, le plomb, le lithium ou les nitrates, ont été liés à des effets neurologiques, tels que l’inflammation chronique et des dommages nerveux, pouvant affecter le fonctionnement du cerveau et influencer l’humeur et la résistance au stress. De plus, il a été suggéré que le trafic et d’autres formes de pollution acoustique et lumineuse augmentent les niveaux de stress en perturbant l’horloge biologique, ajoutent-ils.

    Les chercheurs reconnaissent diverses limites dans leurs conclusions, notamment le nombre réduit d’études disponibles pour chaque résultat. Les études incluses ont également montré une variabilité considérable dans la méthodologie et le design.

   Cependant, ces résultats mettent en évidence l’importance cruciale de reconnaître les expositions environnementales comme des facteurs de risque modifiables dans les efforts de prévention du suicide. « L’intégration de la santé environnementale dans les politiques de santé mentale, par la collaboration intersectorielle, les stratégies de réduction de la pollution et les interventions de santé publique spécifiques, pourrait jouer un rôle vital dans la réduction du risque de suicide et l’amélioration du bien-être mental général de la population », concluent-ils.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.