Inhibiteurs SGLT2 et cétoacidose diabétique : quels patients présentent le risque le plus élevé ?

14 septembre 2026



Une étude dirigée par des chercheurs de l’Institut Karolinska (Suède) a identifié plusieurs facteurs associés à un risque accru de cétose diabétique chez les personnes atteintes de diabète de type 2 traitées par des inhibiteurs SGLT2, notamment le fait d’avoir déjà souffert de ce trouble, des niveaux élevés de glucose sanguin, un faible poids corporel ou des signes de malnutrition.

L’étude, publiée dans The Lancet Diabetes & Endocrinology, analyse les registres nationaux de santé de Suède, du Danemark et de Norvège et réunit des données concernant plus de 280 000 patients atteints de diabète de type 2 traités par des inhibiteurs SGLT2.

L’une des conclusions principales est que, bien que le risque de cétose diabétique soit plus élevé pendant les premiers mois de traitement, il ne disparaît pas par la suite et peut persister tout au long de la période pendant laquelle le patient continue de prendre ces médicaments.

QUE SONT LES INHIBITEURS SGLT2 ?

Les inhibiteurs du cotransporteur sodique-glucose de type 2 (SGLT2) sont des médicaments utilisés pour traiter le diabète de type 2. Cette catégorie de médicaments favorise l’élimination du glucose par l’urine et, selon le médicament et les caractéristiques du patient, peut aussi apporter des bénéfices cardiovasculaires et rénaux.

Comme pour tout traitement, les inhibiteurs SGLT2 présentent des effets indésirables potentiels. Parmi eux figure la cétose diabétique, une complication peu fréquente mais potentiellement grave.

QU’EST-CE QUE LA CÉTOACIDOSE DIABÉTIQUE ?

La cétose diabétique survient lorsqu’il existe une quantité insuffisante d’insuline disponible pour permettre à l’organisme d’utiliser correctement le glucose. En conséquence, le corps a davantage recours aux graisses comme source d’énergie et produit des corps cétoniques.

Lorsque ces substances s’accumulent, elles peuvent dérégler l’équilibre acide-base de l’organisme et provoquer une complication nécessitant des soins médicaux.

La cétose est habituellement associée à des niveaux élevés de glucose, bien qu’avec les inhibiteurs SGLT2 elle puisse aussi survenir lorsque la glycémie n’est pas extrêmement élevée. Pour cette raison, reconnaître les symptômes et les facteurs déclenchants est particulièrement important chez les personnes recevant ces traitements.

QUELS PATIENTS PRESENTENT UN RISQUE PLUS ÉLEVÉ ?

L’analyse réalisée par les chercheurs a identifié plusieurs facteurs associés à une probabilité accrue de développer une cétose diabétique lors du traitement par inhibiteurs SGLT2.

Parmi eux, on retrouve:

L’antécédent de cétose diabétique se distingue particulièrement parmi les facteurs associés à un risque plus élevé.

Ces résultats peuvent aider les professionnels de santé à identifier les patients qui nécessitent une surveillance plus étroite avant et pendant le traitement.

LES INFECTIONS FONT LE DÉCLENCHEUR LE PLUS FRÉQUENT

Les chercheurs ont également analysé les circonstances entourant les épisodes de cétose diabétique.

Les infections ont été le déclencheur ou le facteur concomitant identifié le plus fréquemment. Des situations aiguës telles que l’insuffisance rénale, l’accident vasculaire cérébral et une chirurgie majeure ont également été plus fréquentes.

Cette constatation est pertinente car certaines situations de stress physique, maladie aiguë ou diminution de l’apport alimentaire peuvent augmenter le risque de complications métaboliques chez les personnes diabétiques.

LE RISQUE NE DISPARAÎT PAS APRÈS LES PREMIERS MOIS

Jusqu’à présent, une grande partie des recherches sur la cétose associée aux inhibiteurs SGLT2 s’était concentrée sur les premières phases du traitement.

La nouvelle analyse suggère que le risque est particulièrement élevé pendant les premiers mois, mais ne disparaît pas par la suite. Selon les chercheurs, il persiste tant que le patient reste sous traitement.

Cela signifie que la surveillance ne devrait pas se limiter uniquement au moment du démarrage du médicament.

EST-CE QUE LES INHIBITEURS SGLT2 SONT DANGEREUX ?

Les inhibiteurs SGLT2 offrent des bénéfices importants à certains patients atteints de diabète de type 2 et, selon le médicament et la situation clinique, peuvent apporter une protection cardiovasculaire et rénale.

L’objectif de l’étude n’est pas de proposer d’éviter ces médicaments, mais d’aider à mieux identifier les personnes à haut risque de souffrir d’une complication peu fréquente.

« Les inhibiteurs SGLT2 apportent des bénéfices médicaux à de nombreux patients. Nos résultats ne visent pas principalement à éviter le traitement, mais à améliorer notre capacité à identifier les patients à haut risque et à utiliser ces médicaments de manière plus sûre », explique Peter Ueda, professeur adjoint du Département de médecine de Solna, à l’Institut Karolinska.

QUAND IL PEUT ÊTRE NÉCESSAIRE D’INTERROMPRE TEMPORAIREMENT LE TRAITEMENT ?

Les chercheurs estiment que leurs résultats peuvent aider à améliorer l’information destinée aux patients sur les situations où il peut être nécessaire d’interrompre temporairement le traitement.

Parmi elles figurent certaines maladies aiguës et des procédures chirurgicales, bien que la décision doive suivre les indications de l’équipe médicale responsable du traitement. Les patients ne devraient pas suspendre un inhibiteur SGLT2 par eux-mêmes.

QUELS SYMPTÔMES POURRAIENT FAIRE PENSER À UNE CÉTOACIDOSE ?

Une personne qui prend un inhibiteur SGLT2 doit recevoir de son équipe sanitaire des informations sur les symptômes pouvant indiquer une éventuelle cétose diabétique et sur ce qu’il faut faire en cas de maladie aiguë.

La survenue de symptômes compatibles avec une décompensation métabolique nécessite une évaluation médicale, notamment en cas de maladie, d’une réduction importante de l’apport alimentaire ou autour d’une intervention chirurgicale.

Les informations sur le moment d’interrompre temporairement le médicament doivent être individualisées en fonction du traitement et de la situation clinique de chaque patient.

UNE ÉTUDE PORTANT SUR PLUS DE 280 000 PATIENTS

L’étude s’appuyait sur les registres nationaux de santé de Suède, du Danemark et de Norvège et incluait plus de 280 000 personnes atteintes de diabète de type 2 traitées par des inhibiteurs SGLT2.

L’étude a été réalisée en collaboration avec le Statens Serum Institut du Danemark et l’Université norvégienne de science et technologie (NTNU).

Ses résultats apportent des données sur les facteurs associés à la cétose diabétique en conditions réelles de pratique clinique et peuvent aider à orienter les recherches futures sur la sécurité de ces traitements.

LA CLÉ: IDENTIFIER MIEUX LES PATIENTS À RISQUE

Les résultats ne remettent pas en cause l’utilisation des inhibiteurs SGLT2 chez les patients qui peuvent en bénéficier. Leur apport principal est de signaler que certains profils et certaines situations cliniques sont associés à un risque plus élevé de cétose.

Pour les chercheurs, disposer de ces informations peut aider à améliorer la sélection des patients, la surveillance pendant le traitement et les recommandations en cas de maladie aiguë ou de chirurgie.

La prochaine étape de la recherche sera d’étudier plus en détail les patients qui développent une cétose diabétique pendant le traitement et d’analyser d’autres effets indésirables peu fréquents des médicaments modernes pour le diabète.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.