Être licencié du CDC, c’est comme perdre un patient

28 novembre 2025


L’email est arrivée un soir de vendredi. Un avis formel indiquant que j’étais touché par la dernière réduction de personnel — licencié, dans le jargon fédéral. En termes simples : on me licenciait.

Après des années de service public — aider les communautés à se préparer face aux menaces sanitaires, tant aiguës que chroniques — je me suis retrouvé en dehors du système même que j’avais contribué à soutenir.

En tant que médecins, nous sommes formés pour courir vers la crise. Notre travail repose sur la présence — être là, évaluer, agir, apaiser la pièce. La santé publique n’est pas différente. C’est la médecine du corps politique, fondée sur la vigilance et la prévention.

Ainsi, lorsque l’appel est venu pour mettre fin — non pas parce que la mission était achevée, mais parce que ceux qui dirigent ne me jugeaient plus essentiel — cela n’a pas ressemblé à une fermeture. Cela ressemblait à la perte d’un patient que j’avais passé ma vie à soigner.

Quand les travailleurs de la santé publique deviennent l’urgence

Une vaste vague de licenciements a touché bon nombre de mes collègues en avril. C’était comme regarder un désastre qui se déploie lentement depuis la salle de contrôle. Nous avons fait ce que nous avions appris à faire lors des urgences de santé publique : évaluer les dégâts, stabiliser ce qui était possible et protéger ce qui importait le plus. Ceux d’entre nous qui sont restés ont rapidement œuvré pour sauvegarder les systèmes de données, préserver les dossiers et maintenir les échanges avec les partenaires sur le terrain. Pendant un instant, les compétences affinées pour les ouragans, les pandémies et les flambées ont retrouvé un nouveau sens — sauver non pas des vies cette fois, mais l’infrastructure qui les protège.

Quand une autre vague de licenciements est arrivée à l’automne, je n’étais plus dehors. Cette fois, je faisais partie de l’effondrement. Et comme toute personne en crise, mon attention s’est déplacée de la coordination à la survie — prendre soin de ma famille, veiller sur mes collègues et essayer de donner un sens à ce qui avait été perdu.

Nous avions l’habitude de parler de résilience comme d’une caractéristique communautaire — la capacité d’un système à s’adapter et à se rétablir. Désormais, ce concept était devenu profondément personnel. Le travail de la reprise m’incombait.

Le coût caché des licenciements dans la santé publique

Pour quiconque est extérieur au système, un licenciement peut sembler n’être qu’une ligne budgétaire. Mais pour celles et ceux qui ont consacré leur vie à ce domaine, c’est comme fermer une partie du système immunitaire de la nation.

La santé publique ne se contente pas de collecter des données ; elle édifie l’échafaudage de la prévention sur lequel les médecins s’appuient chaque jour. C’est ce qui garantit que les programmes de maladies chroniques atteignent les communautés, que les laboratoires détectent tôt les menaces émergentes, que les cliniciens reçoivent des conseils opportuns fondés sur des preuves.

Lorsque cette infrastructure s’affaiblit, les effets d’entraînement gagnent les salles d’examen et les services d’urgence. Les patients peuvent ne pas savoir ce qui a changé — mais ils le ressentiront lorsque les rappels cesseront, lorsque les programmes de prévention disparaîtront, lorsque les ressources qui les protégeaient discrètement auront disparu.

Quand la science devient négociable

Une croyance dangereuse s’enracine : que la science et la prévention peuvent être mises en pause, privées de financement ou restructurées sans conséquence — que la machinerie de la santé publique peut être éteinte lorsque le contexte politique devient incommode et redémarrée à l’arrivée de la prochaine crise.

Mais la prévention ne fonctionne pas à la demande. L’expertise qui permet de contenir les flambées, de suivre les maladies chroniques et de maintenir les systèmes de santé connectés n’est pas quelque chose que l’on peut reconstruire du jour au lendemain. La confiance met des années à se gagner, et la mémoire institutionnelle, une fois effacée, met des générations à se rétablir.

Ce qui se passe actuellement n’est pas tant une question d’efficacité que d’effacement. Le démantèlement lent des programmes de prévention, des systèmes de données et de l’expertise n’est pas seulement administratif — il est moral. Il signale une volonté de jouer avec des vies humaines au nom du théâtre politique.

Un message aux médecins

La plupart d’entre nous dans la médecine ne se voient pas comme faisant partie du « système de santé publique ». Mais nous le sommes.

Chaque ordonnance, chaque dépistage, chaque conseil clinique sur lequel nous comptons existe parce que quelqu’un, quelque part, a passé des années à construire les preuves et l’infrastructure qui le soutiennent. Lorsque cette fondation s’effondre, notre capacité à offrir des soins fiables, préventifs et équitables s’effondre aussi.

En tant que médecins, nous comprenons la continuité des soins. Nous savons que la santé se dégrade lorsque le suivi échoue. La même logique s’applique à l’infrastructure de santé de notre nation. Nous devons parler lorsque la chaîne de prévention se brise — non pas comme des partisans, mais comme des témoins.

La santé publique et la médecine ne sont pas des voies parallèles ; elles constituent un seul continuum de soins. Lorsque l’une s’affaiblit, les deux souffrent.

Ce qui perdure

Perdre mon poste fut douloureux. Mais cela a clarifié quelque chose d’essentiel : la médecine — qu’elle soit pratiquée dans une clinique ou par la santé publique — n’est pas tant une question d’autorité que de responsabilité. Le cœur de ce travail a toujours été les personnes qui se présentent discrètement chaque jour pour protéger la vie.

Même après les licenciements, ces personnes persistent. Elles interviennent comme mentors, archivistes, planificatrices et porteuses d’espoir. Elles croient encore que le savoir doit servir le bien public. Je vois en elles la même persistance que j’ai observée chez les patients qui se remettent d’un traumatisme — d’abord fragiles, puis plus forts chaque jour.

Cette conviction, ce pouls constant de sens, est la braise qui refuse de s’éteindre même lorsque l’institution vacille.

La conclusion

Lorsqu’une nation licencie ses experts en maladies, ses épidémiologistes et ses scientifiques de la prévention, ce n’est pas seulement perdre du personnel — c’est abandonner la prévoyance.

La santé publique ne s’effondre pas en un seul moment dramatique. Elle se délite lentement, par la négligence, par le cynisme, par la conviction tacite que quelqu’un d’autre s’en chargera.

Mais la guérison, qu’il s’agisse de corps ou d’institutions, est possible. La reprise commence par ceux qui refusent de détourner le regard, qui continuent de soigner le patient bien après que les moniteurs se soient tus.

En tant que médecins, nous comprenons ce genre d’endurance. Nous la pratiquons chaque jour — au chevet, au laboratoire, dans la communauté. C’est ce qui nous lie les uns aux autres, et au public que nous servons. Pour ma part, je continuerai la mission.

Les licenciements peuvent faire taire des postes. Ils ne peuvent pas taire le but.

L’auteur est un ancien employé des CDC et médecin.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.