De la stigmatisation à la criminalisation : un fléau persistant dans l’accompagnement des personnes migrantes en situation d’addictions

13 décembre 2025

Avis : Maider Moreno García

À l’analyse de l’accompagnement des professionnels auprès des personnes migrantes souffrant d’addictions en Espagne, on observe encore des discours stigmatisants, où la consommation active agit comme une frontière morale et administrative. On fait référence ici aux importantes réticences en matière de ressources lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre des outils de réduction des risques et d’exclure face à d’éventuelles rechutes.

Au cours de cette recherche, nous avons été confrontés à des professionnels qui ont affirmé avec crudité : « s’il y a une consommation, ce n’est pas possible, ils doivent partir, cela peut déranger les autres » ou « une consommation perturbatrice est une raison d’expulsion du programme ». Les rechutes ont été qualifiées de « jeu avec les limites » plutôt que comme une étape prévisible d’un processus de rétablissement ou de changement. En termes pratiques, cette idiosyncrasie, comme nous l’avons mentionné plus haut, confronte et rejette les possibilités offertes par la réduction des dégâts et normalise l’exclusion, sous le prétexte de « protéger » celles et ceux qui sont en abstinence. Cette position répond à l’idée fallacieuse du consommateur comme virus contagieux, renforcée par l’imaginaire de rechute collective, contagion sociale ou consommation en cascade, où les personnes « normalisées » finiraient inéluctablement par consommer et l’inverse — que celles et ceux qui restent abstinents puissent influencer celui qui consomme — est impensable. Cette stigmatisation rappelle les logiques d’exclusion ayant frappé d’autres groupes, comme par exemple la population LGBTQ+ touchée par le VIH.

Cette représentation de la consommation comme « virus » qui déclenche une rechute en cascade contraste avec la littérature récente, qui classe parmi les facteurs de risque la consommation et la rechute et l’influence des pairs et de l’environnement (Epskamp et al., 2022), mais n’appuie en aucun cas l’idée d’une rechute collective inévitable au sein d’un même dispositif ni les politiques d’exclusion qui se fondent sur cette peur. Au contraire, la littérature actuelle évoque les rechutes comme parties prévisibles des troubles liés à l’usage (Husiny, 2025), et qu’elles doivent être abordées à travers un travail sur les facteurs individuels, relationnels et structurels.

Dans le rapport qui sera bientôt disponible, nous analysons ces questions plus en profondeur.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.