On célèbre aujourd’hui les dix ans d’un article intéressant dont la lecture demeure d’une grande actualité et qui oppose les positions des féministes depuis plusieurs décennies : abolicionistes versus régulationnistes. L’article en question est celui de José López Riopedre (2016), intitulé « travail sexuel transnational », défini comme « l’exercice de la prostitution de manière libre et consciente, excluant ainsi les situations d’esclavage sexuel et les circuits de la traite des personnes » (2016, p. 68). López Riopedre mettait sur le devant de la scène le caractère transnational du travail sexuel dans le cadre de la mondialisation, soulignant que les femmes qui « exercent » la prostitution disposent de l’agence (capacité d’agir) pour décider face au « discours dominant » qui les placerait dans une position de victimes.
En posant cette affirmation, Riopedre nous invite à réfléchir à la dichotomie entre l’agence et le consentement qui, d’une certaine manière, continue de susciter le malaise au sein des différentes factions féministes.
L’opinion « dominante », soutenue par les féministes abolitionnistes, se fonde sur l’idée d’une supposée absence réelle de capacité à décider dans des situations marquées par une violence structurelle : le patriarcat et le capitalisme, réalité que nul des courants féministes ne conteste.
Qu’est-ce que ce débat vient faire avec une « Étude visant à améliorer l’accompagnement des personnes confrontées à des problèmes d’addictions d’origine migrante, selon une perspective de genre » ?
Parmi les recommandations de cette étude, il a été souligné la nécessité de reconnaître l’agence des personnes migrantes, d’assouplir la réglementation relative à la migration et de réduire la criminalisation de la prostitution afin d’améliorer les conditions des personnes présentes dans ces contextes. Mais on a également souligné les effets nocifs de la prostitution et les situations de violence extrême vécues par ces personnes, ainsi que leur incidence sur la consommation de drogues.
Compte tenu de tout ce qui précède, l’urgence, aujourd’hui en Espagne et après les immenses transformations sociales de la dernière décennie, qui se reflètent dans les différents mouvements féministes, appelle à l’obligation d’écouter celles et ceux qui se trouvent dans ces contextes, en prêtant une attention particulière aux spécificités suivantes : les contextes et les conditions de la prostitution (rue, appartements, bordels), le genre (incluant identité et orientation sexuelles), la situation administrative et la situation économique.