Un nouveau rapport du Comité sur l’Égalité, la Diversité et l’Inclusion et du Réseau des Jeunes Chercheurs de la Société européenne de Recherche sur le Sommeil avertit que la santé du sommeil devient un problème croissant de santé publique à travers l’Europe et appelle à une action coordonnée pour la protéger.
Le sommeil est essentiel pour la santé physique et mentale, l’apprentissage, la mémoire, le bien-être émotionnel, la fonction immunitaire, la sécurité lors des tâches critiques et les performances quotidiennes. Mais le rapport, publié dans le Journal of Sleep Research, note une série de changements sociétaux qui compliquent l’obtention du repos nécessaire et identifie plusieurs menaces majeures pour la santé du sommeil.
Le changement climatique et l’environnement bâti jouent un rôle de plus en plus déterminant, en particulier dans les zones densément peuplées et les logements de moindre qualité. Le bruit, la lumière artificielle et la mauvaise qualité de l’air, qui peuvent affaiblir les systèmes respiratoire et immunitaire, peuvent rendre le sommeil plus difficile.
L’augmentation des températures nocturnes, les vagues de chaleur plus fréquentes et l’exposition à des températures extrêmes peuvent aussi provoquer des troubles du sommeil, susceptibles d’entraîner des problèmes cardiovasculaires, des troubles de la santé mentale et l’apnée du sommeil, et il est prévu que ce problème s’aggrave à l’avenir.
Le déplacement forcé dû au changement climatique ou aux conflits, combiné à la perte de logement stable et à la pauvreté énergétique, entraîne également des troubles du sommeil qui peuvent persister pendant de nombreuses années, selon le rapport.
Les chercheur.se.s, du Royaume-Uni et d’Italie, mettent aussi en évidence les inégalités d’accès aux soins du sommeil. L’accès aux médicaments, aux services spécialisés, aux diagnostics et aux traitements varie considérablement d’une communauté à l’autre, tandis que la pénurie de professionnels spécialisés dans le sommeil peut empêcher certaines personnes de recevoir l’aide nécessaire.
L’étude soulève également des inquiétudes concernant l’obsession croissante d’optimiser et de surveiller le sommeil et l’abondance de conseils disponibles en ligne, y compris la tendance croissante du « sleepmaxxing » et l’orthosomnia, une préoccupation obsessionnelle pour atteindre des métriques de sommeil « parfaites » à l’aide de dispositifs portables.
L’article souligne comment des informations trompeuses ou inexactes partagées sur les réseaux sociaux et autres plateformes numériques peuvent influencer la compréhension du sommeil par les individus et nourrir des attentes irréalistes. Il ajoute également que de nombreuses technologies de suivi du sommeil nécessitent des validations plus solides et ne doivent pas être considérées comme un substitut à un avis professionnel individuel et indépendant.
Enfin, les chercheurs mettent en garde contre les répercussions d’une société moderne de plus en plus organisée autour d’une culture des 24 heures, où le travail par équipes, la connectivité permanente, les communications en dehors des heures de travail et l’utilisation généralisée des écrans altèrent les rythmes naturels de sommeil et réduisent les opportunités de repos et de récupération.
Le document plaide pour une meilleure reconnaissance du sommeil comme problème de santé publique et pour une action coordonnée entre les décideurs politiques, les professionnels de santé, les éducateurs, les employeurs, les urbanistes et les développeurs de technologies.
Il insiste également sur la nécessité d’améliorer l’éducation à la santé du sommeil par l’éducation publique, la formation professionnelle et la lutte contre la désinformation, tout en appelant à une régulation plus claire des horaires de travail, des technologies numériques et de l’exposition à des facteurs environnementaux.
D’autres priorités incluent la réduction des inégalités structurelles, le développement d’un personnel spécialisé dans la santé du sommeil, l’assurance d’un usage responsable des outils numériques et l’amélioration du logement, de l’éclairage et des environnements personnels et professionnels.
Dans l’annexe figure un large ensemble de recommandations, organisées selon le cadre PESTEL (Politique, Économique, Sociologique, Technologique, Juridique et Environnemental), afin de soutenir l’élaboration de politiques et de promouvoir des actions significatives qui améliorent la santé du sommeil dans toute l’Europe.
La docteure Fran Pilkington-Cheney, de l’Institut de Psychologie de Nottingham, rattachée à l’Université de Nottingham Trent, reconnaît que « nous assistons à une tempête parfaite de défis pour la santé du sommeil en Europe ». Les gens sont conscients de l’importance du sommeil, mais peu réalisent comment des facteurs tels que le changement climatique, la technologie, le travail par tours, les environnements urbains et la désinformation se combinent pour affecter la qualité de notre sommeil, commente-t-elle.
Elle ajoute que la Société européenne de recherche sur le sommeil dispose déjà d’initiatives visant à traiter certains de ces problèmes, « mais sans une action coordonnée plus large, il est probable que ces pressions s’aggravent dans les prochaines années », avertit-elle.