Une analyse portant sur plus de 50 millions de dossiers d’hospitalisation, réalisée à la Faculté de Médecine de l’Université de Boston (États-Unis), révèle que la légalisation du cannabis récréatif aux États-Unis est associée à une hausse des admissions hospitalières pour des maladies cardiovasculaires.
L’étude, publiée dans la revue en libre accès BMJ Open, montre que les admissions hospitalières pour fibrillation auriculaire (rythme cardiaque anormal), insuffisance cardiaque et infarctus ont augmenté plus rapidement après l’entrée en vigueur de la loi dans la région ouest des États-Unis qui appliquait cette politique, par rapport aux États qui ne l’avaient pas.
La consommation de cannabis peut affecter la santé cardiovasculaire par divers mécanismes physiologiques, expliquent les chercheurs. De plus, les politiques de légalisation se sont associées à une augmentation de l’usage des produits dérivés du cannabis, notamment chez les personnes âgées, qui présentent déjà un risque accru de problèmes cardiovasculaires. Ils indiquent qu’en juin 2025, l’usage du cannabis médical était légal dans 41 États américains, tandis que l’usage récréatif était légal dans 24.
Pour évaluer l’impact potentiel des lois relatives au cannabis récréatif sur la santé cardiovasculaire, les chercheurs ont extrait des données sur les diagnostics d’admission à l’hôpital et des données démographiques des patients de l’échantillon national des patients hospitalisés (NIS, sigle anglais pour National Inpatient Sample) pour les années 2012 à 2018 incluses: les États participant au NIS couvrent environ 97% de la population des États-Unis.
Les chercheurs se sont concentrés sur la région ouest des États-Unis (Alaska, Arizona, Californie, Colorado, Hawaï, Idaho, Montana, Nevada, Nouveau-Mexique, Oregon, Utah, Washington et Wyoming), car la légalisation du cannabis récréatif y est entrée en vigueur en janvier 2014. Cela s’est produit près de cinq ans avant dans d’autres régions, de sorte qu’en 2018, plus de 98% de la population de la région ouest vivait dans un État où la vente de cannabis était légale ou à proximité d’un État voisin.
Les chercheurs ont analysé les taux d’admission hospitalière pour insuffisance cardiaque aiguë, infarctus du myocarde, fibrillation/flutter auriculaire, accident vasculaire cérébral ischémique (caillot sanguin), thromboembolisme veineux (TEV – caillot de sang dans une veine profonde) et tachycardie ventriculaire (rythme cardiaque rapide).
Pour chacun de ces diagnostics, ils ont estimé les taux régionaux de référence des admissions hospitalières pour 100.000 habitants, en utilisant les données pondérées du NIS (National Inpatient Sample) des deux années précédant la première vente légale de cannabis récréatif.
Ils ont analysé ces taux avant et après la légalisation dans la région ouest et les ont comparés à ceux d’autres régions qui n’avaient pas promulgué la législation. Au total, ils ont examiné des données de 50 042 564 dossiers d’admissions hospitalières entre 2012 et 2018.
Pendant la période d’étude, les personnes admises à l’hôpital dans la région ouest étaient plus jeunes (âge moyen 51 ans contre 55), résidant dans des codes postaux à revenu plus élevé (26% contre 19%) et s’identifiaient moins fréquemment comme blancs.
Avant l’entrée en vigueur de la législation (2012-2013), les taux d’admissions hospitalières pour les diagnostics examinés étaient plus bas dans la région ouest que dans les régions qui n’avaient pas instauré cette législation. Cependant, ces taux ont augmenté plus rapidement après son adoption.
La variation estimée des taux d’admission hospitalière pour chaque année de vente légale de cannabis était statistiquement significative pour la fibrillation auriculaire (un peu plus de 2%), l’insuffisance cardiaque (près de 4%) et l’infarctus du myocarde (un peu plus de 3%), après ajustement pour des facteurs potentiellement confondants.
Les taux pour les autres résultats étudiés étaient plus élevés, mais pas statistiquement significatifs. Il s’agit d’une étude observationnelle et, à ce titre, elle ne peut établir de lien de causalité. Les chercheurs reconnaissent diverses limites dans leurs résultats, notamment l’impossibilité d’analyser les résultats séparément pour chaque État ou le mode de consommation du cannabis (fumé ou non). Ils n’ont pas non plus pu prendre en compte les tendances de la consommation illégale.
Pourtant, « bien que plusieurs études aient examiné la relation entre la légalisation du cannabis récréatif et les affections psychiatriques, la consommation de substances, les visites d’urgence et les accidents de la route, notre étude est la première à examiner la relation avec les hospitalisations [cardiovasculaires].
Ils ajoutent que, « bien qu’une étude observationnelle ne puisse démontrer la causalité », leurs résultats pointent vers d’éventuels effets indésirables de la légalisation de la consommation récréative sur la santé de la population. « À l’échelle mondiale, nos conclusions soutiennent une approche prudente des lois de légalisation », concluent-ils.