Une étude réalisée en Afrique et dirigée par des chercheurs de l’UCL (University College London, au Royaume-Uni) montre que les jeunes vivant avec le VIH maîtrisent mieux leur maladie lorsque leur thérapie antirétrovirale est administrée par injections toutes les huit semaines, plutôt que sous forme de comprimés quotidiens.
Dans un article publié dans ‘The Lancet’, l’équipe décrit comment les injections se sont révélées plus efficaces pour maintenir le virus sous contrôle que les pilules et appelle à des efforts pour que ce traitement soit plus accessible dans le monde entier.
Bien que le VIH ne puisse pas être guéri, les antirétroviraux peuvent aider les personnes à mener une vie longue et saine, tout en réduisant considérablement le risque de transmission du virus. Environ 1,6 million d’adolescents (âgés de 10 à 19 ans) vivent avec le VIH.
La professeure Sarah Pett, de l’Unité de Trials Cliniques Innovants de l’UCL, investigatrice principale de l’étude LATA, déclare : « Historiquement, les adolescents séropositifs, en tant que groupe, ont eu de moins bons résultats avec les antirétroviraux que les adultes. Le harcèlement et la stigmatisation associés à la prise quotidienne de comprimés existent. Les injections à action prolongée, administrées tous les deux mois, peuvent aider les jeunes à mener une vie plus normale ».
« Les bénéfices de ce mode de traitement pour les adolescents sont supérieurs à ceux observés chez les adultes. Les essais antérieurs chez les adultes n’ont démontré que les injections n’étaient pas moins efficaces que les tablettes. Nos résultats soutiennent la nécessité d’élargir l’accès à ces injections à des groupes tels que les adolescents, qui pourraient ne pas répondre aussi bien que les adultes aux comprimés quotidiens. Neuf adolescents sur dix vivant avec le VIH vivent en Afrique, mais n’ont pas actuellement accès à ce traitement. »
L’étude LATA (Traitement d’action prolongée chez les adolescents) a été menée dans cinq cliniques au Kenya, en Afrique du Sud, en Ouganda et au Zimbabwe. 476 adolescents âgés de 12 à 19 ans y ont participé et ont été répartis aléatoirement pour recevoir soit une tablette quotidienne, traitement standard, soit une injection à action prolongée (cabotegravir et rilpivirine), une forme relativement nouvelle de traiter le VIH.
Les participants à l’essai avaient reçu un traitement par comprimés pendant plus d’un an, affichant une suppression virale complète (virémie indétectable) et n’ayant connu aucun échec thérapeutique préalable. Près de tous les participants à LATA avaient contracté le VIH depuis la naissance.
L’équipe de recherche a constaté que, après plus de deux ans, seulement deux adolescents (1 %) recevant les injections ont connu une réémergence virale confirmée (deux mesures de charge virale, distantes d’au moins sept jours), contre 15 (6 %) dans le groupe sous comprimés quotidiens. Une hausse de la charge virale peut avoir des répercussions négatives sur la santé à long terme, en augmentant le nombre de cellules latentes infectées par le VIH et, dans certains cas, peut favoriser la transmission à la partenaire ou à la descendance.
Quasiment tous les adolescents du groupe recevant les injections à action prolongée (94 %) ont déclaré que les injections toutes les huit semaines étaient bien plus faciles que la prise quotidienne des médicaments.
Il existe toutefois certains défis nécessitant une attention particulière concernant l’utilisation des injectables dans des contextes à ressources limitées. Les injectables coûtent davantage que les comprimés quotidiens standards car les médicaments restent brevetés et leur fabrication est plus onéreuse. Par ailleurs, la rilpivirine doit être conservée au réfrigérateur pendant l’approvisionnement et le stockage. Il faut également du personnel infirmier formé pour administrer les injections toutes les huit semaines, alors que les rendez-vous pour ceux qui prennent des comprimés peuvent être aussi peu fréquents que tous les trois ou six mois. À ce jour, il n’existe pas d’accord sur une version générique du traitement injectable.
Actuellement, aux États-Unis, en Europe et dans d’autres pays à revenu élevé, les injectables peuvent être prescrits à des adolescents de 12 ans et plus, ainsi qu’aux adultes, mais en Afrique, en dehors de quelques cliniques, le traitement n’est pas encore disponible.
Actuellement, l’Organisation mondiale de la Santé recommande les injectables comme option « alternative » pour les adultes et les adolescents qui prennent des comprimés au quotidien, qui contrôlent efficacement le virus et qui n’ont pas d’hépatite B active. Cette position pourrait être renforcée suite aux résultats de l’étude LATA.
« Le manque de disponibilité des traitements injectables en Afrique risque d’accroître les inégalités dans la prise en charge du VIH, laissant la majorité des personnes vivant avec le VIH sans accès aux traitements disponibles dans les environnements à revenu élevé. Cette lacune pourrait encore se creuser avec les essais cliniques de seconde et troisième génération d’injectables, qui pourraient nécessiter des doses seulement deux fois par an », avertit la docteure Deborah Ford (Unité des essais cliniques innovants de l’UCL), auteure principale de l’étude.