Le président de l’Association Espagnole contre le Cancer (AECC), Ramón Reyes, a dénoncé ce lundi la poursuite de l’augmentation de la recherche en Espagne une fois les fonds européens érodés, et il a demandé que des crédits soient articulés au niveau national.
« Le Gouvernement doit consacrer davantage de fonds », a-t-il déclaré lors de l’annonce de la fermeture du projet ‘Next Generation’ et de la chute du financement du programme ‘Horizonte Europe’, ce qui provoque « une croisée des chemins dangereuse » avec des budgets « diminuants ». « En raison des priorités géopolitiques et économiques, qui ne sont plus celles d’auparavant, il a été décidé en février 2024 de commencer à réduire », a-t-il précisé.
À ce titre, et en coïncidence avec le lancement de la campagne ‘Proyectos de investigación que impulsan proyectos de vida’, centrée sur la façon dont les avancées scientifiques se traduisent par une plus grande survie et une meilleure qualité de vie, Reyes a expliqué que les crédits pour le second volet de cette initiative communautaire ont été réduits de 800 millions d’euros en vue de sa phase suivante, prévue à partir de 2028. « Le cancer n’est plus, apparemment, pris en compte », ce qui engendre « de l’inquiétude », a-t-il insisté.
« Les perspectives paraissent sombres pour le cancer en Europe » et « elles s’assombrissent fortement quant à son évolution » a-t-il poursuivi, ajoutant que cette situation se profile après des années durant lesquelles l’on a misé sur la recherche au niveau continental. « On a investi 4 000 millions dans le cancer au cours des dix dernières années », a-t-il affirmé.
LA PARTIE DÉDIÉE AUX ÉTUDES SCIENTIFIQUES DANS LE PAYS A CRU DE 60 % DÈS 2022
Toutefois, il a insisté sur le fait que le panorama actuel oblige l’Espagne à agir à partir d’un point de départ où « un effort très important a été consenti », puisque « la croissance des fonds alloués par l’État s’élève à 60 pourcent au cours des quatre dernières années ». « Comment allons-nous soutenir l’augmentation absolument nécessaire de la recherche sur le cancer en Espagne que nous avons commencée lorsque ces financements de l’Union européenne (UE) ne seront pas disponibles ? », s’est-il interrogé, tout en soulignant qu’il reste « 25 milliards » d’euros de primes à mobiliser.
Reyes, qui a indiqué que la recherche est la « façon de sauver des vies », comme en témoigne l’augmentation de la survie, qui est de 65 pour cent chez les femmes actuellement, a rappelé néanmoins que « le cancer progresse », notamment « chez les moins de 50 ans ». Pour cette raison, et parce que 50 pour cent de la population sera confrontée au cancer à un moment de leur vie, il a insisté pour « donner davantage de ressources et de soutien » aux études scientifiques.
En conséquence, il a mis en valeur la nouvelle campagne de l’AECC à l’occasion du dixième anniversaire de la Journée mondiale de la Recherche sur le Cancer, qui se célèbre le 24 septembre de chaque année, et qui est née de cette organisation et compte désormais 134 institutions actionnaires. Il a aussi souligné l’événement international qui se tiendra à Bruxelles (Belgique) avec la reine Letizia, lors de la période précédant cette commémoration.
Après avoir rappelé que l’organisme qu’il dirige consacre chaque année plus de 157 millions d’euros au soutien de la recherche, il a affirmé que cette action conçue au cours du mois éponyme porte le message qu’il faut continuer à croître dans ce domaine et que la recherche atteigne tous les lieux.
PATIENTS ET CHERCHEURS S’UNISSENT POUR METTRE EN ÉVIDENCE L’IMPORTANCE DE LA SCIENCE
Dans le même esprit, la directrice générale de l’AECC, Isabel Orbe, a souligné que la recherche sur le cancer est « de plus en plus personnalisée » et que son impact se mesure « lorsqu’elle bénéficie au patient ». Par conséquent, cette campagne la met en valeur, et elle s’appuie sur les voix d’une patiente et de chercheurs à différents stades cliniques.
Après avoir indiqué que cette organisation compte « plus de 3 000 chercheurs » et signalé qu’elle a généré 1 950 avancées scientifiques depuis 2020, les protagonistes de cette action ont exposé son contenu et ses revendications. « Nous avons besoin que le talent soit socialement reconnu », ainsi que « des fonds », a déclaré Fernanda Picón, patiente atteinte d’un cancer, qui a proposé une troisième ‘X’ dédiée à la recherche dans la déclaration de revenus.
Par ailleurs, la membre de la Fondation pour la Recherche Biomédicale de l’Hôpital Universitaire Puerta de Hierro de Majadahonda (Madrid), Marta Molina, a souligné l’importance que les scientifiques disposent « du temps et de la stabilité » pour pouvoir « faire une science rigoureuse et de qualité » et mener une « recherche à long terme », qui « fait la différence » dans le cancer. Cette chercheuse cherche à comprendre pourquoi l’association de la chimiothérapie conventionnelle et de l’immunothérapie réalisée avant la chirurgie ne fonctionne pas chez certains patients atteints d’un cancer du poumon non à petites cellules.
Quant à la chercheuse du Centre de Biologie Moléculaire Severo Ochoa (CBM), Ana Ortega, qui étudie comment éviter la résistance à l’immunothérapie dans les lymphomes les plus courants chez les adultes, elle a souligné l’importance de la recherche fondamentale en étant « fondamentale », la directrice scientifique de l’AECC, Marta Puyol, a insisté sur le fait que l’objectif est « d’amener les idées à devenir une réalité pour le patient ». Tout cela « pour que la survie et la qualité de vie soient le principal objectif », a conclu cette dernière.