Un essai clinique réalisé chez des patients atteints de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) démontre que la thérapie par le rire peut réduire les difficultés respiratoires et est aussi efficace que les exercices respiratoires les plus traditionnels, selon des experts de l’Université de Hacettepe, à Ankara, Turquie.
La recherche est présentée au congrès de la Société Respiratoire Européenne (ERS) à Barcelone, en Espagne. Dans l’essai, on a enseigné aux patients à utiliser le rire délibéré comme exercice respiratoire, et cela a été comparé directement à des patients qui pratiquaient des exercices respiratoires traditionnels et à un groupe témoin qui n’effectuait aucun exercice de respiration.
Les chercheurs assurent que la thérapie par le rire offre un traitement efficace et peu coûteux que les patients peuvent pratiquer chez eux sans équipement ni soutien spécialisé, en complément de leur traitement habituel.
LA THÉRAPIE PAR LE RIRE EST TESTÉE CHEZ DES PATIENTS AVEC MPOC
La MPOC est une maladie pulmonaire grave qui rend la respiration difficile. Elle touche des millions de personnes dans le monde et constitue l’une des principales causes d’incapacité et de mortalité. Les personnes atteintes de MPOC éprouvent souvent un essoufflement, même lors d’activités quotidiennes simples. Cela diminue leur qualité de vie et les rend de plus en plus dépendantes des autres pour leurs soins.
« Le management de la MPOC nécessite plus que des médicaments. Les patients ont besoin d’une approche holistique qui les aide à faire face à leurs symptômes, au fardeau physique de la maladie et à son impact émotionnel et psychologique. Avec cette recherche, nous voulions explorer si d’autres techniques simples et peu coûteuses pourraient compléter les soins médicaux existants », déclare Goncagul Aldan, professeure et diplômée en soins infirmiers de la Faculté des Infirmières de l’Université de Hacettepe.
La thérapie par le rire avait déjà montré des résultats prometteurs dans d’autres affections chroniques. Sa nature accessible et plaisante suggère qu’elle pourrait aussi bénéficier aux patients atteints de MPOC, non seulement pour faire face au stress quotidien lié à la vie avec une maladie chronique, mais aussi pour améliorer directement leur santé respiratoire.
63 PATIENTS COMPARAIENT LE RIRE À UN EXERCICE RESPIRATOIRE
L’étude a inclus 63 personnes atteintes de MPOC suivies à l’Hôpital Municipal Bilkent d’Ankara, en Turquie. Un tiers des patients a été attribué aléatoirement à la thérapie par le rire, un tiers à des exercices de respiration par les lèvres pincées et le tiers restant à aucun exercice respiratoire.
Les exercices de respiration par les lèvres pincées, qui consistent à inhaler par le nez et à expirer lentement en pinçant les lèvres, sont une technique établie pour les patients atteints de MPOC qui aide à libérer l’air vicié qui peut rester emprisonné dans les poumons malades. Pour la thérapie par le rire, on a enseigné aux patients une série d’exercices comprenant des claquements de mains rythmés accompagnés de sons vocaux ; des exercices de rire ludique, comme simuler le démarrage d’une motocyclette ou le rugissement d’un lion ; une méditation du rire avec un rire spontané et non forcé, et une relaxation par une respiration calme et des sourires.
Dans les deux cas, les patients ont reçu une instruction en personne sur la façon d’effectuer les exercices assignés et il leur a été demandé de pratiquer pendant 30 minutes, trois fois par semaine pendant huit semaines. Ils ont également reçu un soutien par vidéoconférences et messages texte.
Par ailleurs, avant, pendant et après le traitement, les patients ont été évalués quant à leurs difficultés respiratoires, leur état de santé général et la quantité de soins dont ils avaient besoin au quotidien.
MOINS de difficultés à respirer après le traitement
Après la période de traitement, les patients ayant bénéficié de la thérapie par le rire et ceux ayant pratiqué les exercices de respiration avec les lèvres pincées présentaient moins de difficultés à respirer, par rapport aux patients qui n’avaient réalisé aucun de ces exercices. Les patients des deux groupes de traitement ont également connu une meilleure santé générale, mais aucune différence n’a été observée quant à la quantité de soins dont ils avaient besoin.
« Les résultats de cette étude démontrent que tant les exercices de respiration avec les lèvres pincées que la thérapie par le rire peuvent réduire significativement la gravité de la dyspnée chez les patients atteints de MPOC, et cet effet s’est maintenu même un mois après la fin du programme. Les deux interventions ont également montré des résultats prometteurs dans l’amélioration de la santé générale, ce qui suggère que la thérapie par le rire pourrait être un domaine qui mérite davantage de recherches, aux côtés de la respiration avec les lèvres pincées, dans le traitement de la MPOC », expliquent les auteurs.
COMMENT LE RIRE AIDE-T-IL À MIEUX RESPIRER ?
Dans la MPOC, les voies respiratoires ont tendance à se refermer lors de l’expiration, emprisonnant l’air vicié dans les poumons. La respiration par les lèvres pincées crée une légère pression qui permet à cet air emprisonné de sortir, diminue la fréquence respiratoire et aide les patients à mieux contrôler leur respiration. Le rire peut exercer les muscles respiratoires et favoriser une expiration plus profonde, en plus de déclencher la libération d’endorphines, apportant un soulagement à la fois physique et émotionnel.
La thérapie par le rire cherche à évoquer les effets du rire authentique sur le corps. Cependant, les mécanismes sous-jacents à la thérapie par le rire dans la MPOC ne sont pas encore entièrement compris et des recherches plus approfondies sont nécessaires.
UN COMPLÉMENT POSSIBLE, PAS UN SUBSTITUT AU TRAITEMENT
Ces résultats offrent l’espoir que des techniques simples et économiques que les patients peuvent pratiquer chez eux, sans équipement spécialisé, puissent aider à réduire la dyspnée et améliorer leur bien-être quotidien. Tant les exercices de respiration avec les lèvres pincées que la thérapie par le rire pourraient constituer des compléments utiles au traitement actuel de la MPOC, aux côtés des médicaments et des programmes de réhabilitation pulmonaire.
Les chercheurs espèrent maintenant étudier la thérapie par le rire à plus grande échelle avec davantage de patients et collaborer à l’échelle internationale pour évaluer ces approches dans des environnements cliniques de différents pays.