La psilocybine pourrait prévenir les dommages nerveux causés par la chimiothérapie

4 septembre 2026



La chimiothérapie peut sauver des vies, mais certains des médicaments utilisés contre le cancer peuvent aussi endommager les nerfs et provoquer douleurs, paresthésies, perte de sensibilité ou une sensibilité accrue au froid.

Aujourd’hui, des chercheurs du Centre Oncologique MD Anderson de l’Université du Texas (États‑Unis) ont découvert, chez des modèles précliniques, que la psilocybine administrée avant la chimiothérapie peut protéger les terminaisons nerveuses et prévenir certains de ces effets.

LA PSILOCYBINE PROTÈGE LES NERFS AVANT L’APPARITION DU DOMMAGE

Dans une étude innovante, ils ont constaté que la psilocybine donnée avant la chimiothérapie empêche l’apparition de lésions nerveuses dans des modèles précliniques, même après des cycles de traitement répétés, ce qui pourrait aider à prévenir la douleur, l’engourdissement et d’autres effets secondaires courants de la chimiothérapie.

   L’étude, publiée dans « Science » et codirigée par Moran Amit, professeur de Chirurgie de la Tête et du Cou, et Patrick Dougherty, professeur de Médecine de la Douleur, révèle une fonction neuroprotectrice des récepteurs de la sérotonine jusqu’alors inconnue et suggère que la psilocybine pourrait être une intervention innovante pour la prévention de la neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie.

   « Il existe un besoin urgent de traitements qui préservent les nerfs sans interférer avec la chimiothérapie salvatrice », déclare Amit. « Ces résultats apportent des informations précieuses sur la manière dont la psilocybine peut protéger les nerfs avant que le dommage ne survienne, plutôt que de traiter les symptômes une fois qu’ils deviennent persistants ».

    La chimiothérapie est un traitement courant et bénéfique pour de nombreux types de cancer, mais elle peut aussi endommager les cellules normales, y compris les nerfs. Cette neuropathie périphérique, ou lésion nerveuse, peut provoquer bon nombre des effets secondaires associés à la chimiothérapie, tels que la douleur, une sensibilité accrue au froid, l’engourdissement et la perte de sensibilité, des symptômes qui peuvent persister même après le traitement.

Certains patients peuvent également présenter des changements qui affectent leur équilibre ou leur capacité à poursuivre les traitements qui leur sauvent la vie, ce qui a un impact significatif sur leur qualité de vie. La lésion nerveuse établie est généralement irréversible et les traitements actuels offrent des bénéfices limités.

   Par ailleurs, la psilocybine est un composé psychédélique naturel qui est actuellement étudié pour le traitement des troubles neuropsychiques et neurologiques. La psilocybine peut temporairement permettre au cerveau de se réorganiser et de former de nouvelles ramifications neuronales susceptibles d’aider à prévenir les dommages nerveux.

   Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé divers modèles précliniques afin d’examiner les effets de la psilocybine sur les nerfs et d’évaluer si elle pourrait être utilisée pour prévenir la neuropathie périphérique après la chimiothérapie.

LE RÉCEPTEUR 5-HT2A ET LES MITOCHONDRIES, AU CŒUR DE L’EFFET

   Les chercheurs ont découvert que la psilocybine agit directement sur le système nerveux périphérique via les récepteurs de la sérotonine 5-HT2A. Dans des modèles précliniques, seulement deux doses de psilocybine administrées avant la chimiothérapie ont prévenu l’hypersensibilité au froid, protégé les terminaisons nerveuses sensorielles et préservé la sensibilité tactile, tout en conservant l’activité antitumorale de la chimiothérapie.

Ces résultats ont été constants même lorsque les modèles recevaient des cycles répétés de chimiothérapie avec le cisplatine, le paclitaxel et le docétaxel.

   Le blocage de la voie 5-HT2A inversait ces effets neuroprotecteurs, tandis que l’utilisation d’un composé non hallucinogène qui active les mêmes récepteurs produisait une protection similaire à celle de la psilocybine.

LA PROTECTION SE MAINTIENT APRÈS PLUSIEURS CYCLES DE CHIMIOTHÉRAPIE

   De plus, les chercheurs ont découvert que le cisplatine épuisait les mitochondries – ces structures qui produisent l’énergie à l’intérieur des cellules – et réduisait leur mouvement dans les fibres nerveuses. De même, la psilocybine a activé une voie de signalisation spécifique qui a préservé le transport mitochondrien après la chimiothérapie, maintenant des niveaux d’énergie adéquats dans les terminaisons nerveuses.

   « La psilocybine ne se contente pas de diminuer les signaux de douleur, elle protège aussi les nerfs en fournissant de l’énergie », explique Dougherty. « Cet effet neuroprotecteur pourrait aider les patients à mieux supporter le stress de la chimiothérapie, en conservant la sensibilité, la mobilité et la qualité de vie pendant le traitement et pendant la période qui suit la chimiothérapie. »

   Ces résultats précliniques constituent la base d’un prochain essai clinique de phase 2 (NeuroGuard, NCT07227909) qui évaluera la psilocybine pendant la chimiothérapie chez des patients atteints de divers types de cancer afin de déterminer si les mécanismes observés dans cet essai se traduisent par des réductions cliniquement significatives de la neuropathie périphérique. D’autres essais en cours, dirigés par Amit, examinent actuellement les effets de la psychothérapie assistée par psilocybine chez des patients souffrant d’anxiété et/ou de dépression.

TODAVÍA NO SE HA DEMOSTRADO EN PACIENTES

Cette découverte est prometteuse, mais elle est encore loin d’être une option de traitement pour les patients atteints de cancer. Les résultats proviennent de modèles précliniques, il faut donc encore vérifier si l’effet se reproduit chez l’humain et déterminer la posologie, la sécurité et l’efficacité de l’intervention.

La prochaine étape sera l’essai clinique de phase 2 NeuroGuard (NCT07227909), qui étudiera si la psilocybine peut réduire la neuropathie périphérique chez les patients soumis à une chimiothérapie. Si les résultats sont confirmés chez l’homme, l’intérêt de cette approche résiderait non seulement à traiter la douleur une fois le dommage produit, mais à prévenir les lésions nerveuses dès leur apparition.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.