Une nouvelle étude menée par des chercheurs d’Intermountain Health à Salt Lake City (États-Unis) a démontré que débuter rapidement l’administration de vasopressine chez des patients en état critique présentant un choc septique potentiellement mortel n’améliore pas leur survie, n’allège pas la durée d’hospitalisation et n’améliore pas leur récupération par rapport à une attente qui pourrait laisser leur état empirer.
Les résultats, publiés dans la revue JAMA, s’appuient sur un essai clinique impliquant 3 959 adultes et pourraient guider les décisions sur le moment d’initier ce traitement.
QU’EST-CE QUE LE CHOC SEPTIQUE ET POURQUOI EST-IL SI DANGEREUX
La sepsie est l’une des situations d’urgence médicales les plus courantes et les plus meurtrières, touchant 1,7 million d’Américains chaque année. Elle survient lorsque la réponse de l’organisme à une infection endommage ses propres tissus et organes. Le choc septique survient lorsque cette réponse provoque une dilatation excessive des vaisseaux sanguins, ce qui entraîne une pression artérielle aussi basse qu’elle entrave le flux sanguin et l’apport en oxygène vers des organes vitaux tels que le cerveau, les reins et le cœur.
La sepsie est aussi l’une des principales causes d’admission en unités de soins intensifs et l’une des affections les plus coûteuses à traiter dans les hôpitaux américains, avec un coût annuel mesuré en milliards de dollars, d’où l’importance cruciale, selon les chercheurs, de développer des directives de bonnes pratiques pour son traitement.
Ces nouveaux résultats de recherche fournissent aux médecins des preuves importantes pour orienter les décisions de prise en charge des patients atteints de choc septique, une forme grave de sepsie qui provoque une chute dangereusement basse de la pression artérielle et qui contribue à près d’un tiers des décès hospitaliers dans le pays, selon les estimations.
La nouvelle étude d’Intermountain Health montre que les médecins peuvent attendre en toute sécurité de vérifier si le choc d’un patient s’aggrave avant de commencer la vasopressine, une hormone produite naturellement, afin de rétablir la pression artérielle lorsque les vasopresseurs de première intention ne suffisent pas.
Les médecins utilisent des médicaments appelés vasopresseurs pour contracter les vaisseaux sanguins et augmenter la pression artérielle à un niveau sûr, afin que les organes continuent de fonctionner pendant le traitement de l’infection sous-jacente.
« La question n’était pas de savoir si la vasopressine fonctionne. Nous savons déjà qu’elle peut aider à augmenter la pression artérielle chez les patients atteints d’un choc septique. La question est quand doit-elle être ajoutée à d’autres vasopresseurs », souligne le docteur Ithan D. Peltan, chercheur principal de l’étude et médecin-chercheur en soins intensifs chez Intermountain Health.
Certains médecins des soins intensifs commencent à administrer la vasopressine assez tôt, lorsque la pression artérielle du patient devient difficile à contrôler. D’autres préfèrent attendre que les patients aient besoin de doses plus élevées d’autres médicaments pour la pression artérielle avant de l’ajouter.
« Pendant des années, les médecins ont su quels médicaments utiliser pour le choc septique, mais il y avait peu de preuves sur le moment d’ajouter la vasopressine après le traitement vasopresseur initial », explique Peltan.
« Cet essai répond directement à l’incertitude rencontrée au chevet du patient et qui concerne des milliers de patients chaque année: est-il sûr d’attendre que sepsis d’un patient s’aggrave avant de lui administrer des infusions coûteuses qui pourraient ne pas être nécessaires. Notre étude a conclu que oui, c’est sûr », ajoute-t-il.
UN ESSAI PORTANT SUR PRÈS DE 4.000 PATIENTS ANALYSE LE MOMENT DE L’ADMINISTRATION DE LA VASOPRESINE
Les résultats proviennent de l’essai pragmatique sur la vasopressine pour le choc septique (VASSPR, acronymes anglais), qui a évalué deux stratégies de traitement par vasopressine dans 13 hôpitaux d’Intermountain Health dans l’Utah et l’Idaho entre février 2024 et juillet 2025.
Dans cet essai, 3 959 adultes souffrant d’un choc septique ont participé. Par la suite, les chercheurs ont comparé les recommandations hospitalières sur le début précoce ou tardif de la vasopressine et ont évalué les résultats pendant les 28 jours qui ont suivi. Ils n’ont constaté aucune différence significative entre les groupes.
La survie, le temps écoulé depuis la sortie de l’hôpital et d’autres indicateurs de rétablissement ont été similaires, quel que soit le moment du déclenchement du traitement par vasopressine. Bien que les taux de choc cardiogénique aient été légèrement plus élevés dans le groupe traitement précoce, les chercheurs ont découvert que cette différence n’avait pas d’impact significatif sur les résultats axés sur le patient.
Au-delà de ses résultats cliniques, l’essai VASSPR illustre une avancée majeure dans la manière dont les systèmes de santé mènent des recherches. En réalisant des essais cliniques à grande échelle au sein même des soins habituels, les chercheurs peuvent répondre à des questions importantes de manière efficace dans des environnements réels.
L’infrastructure développée pour l’étude est déjà utilisée pour lancer des essais cliniques supplémentaires au sein d’Intermountain Health, conçus pour répondre à des problématiques complexes auxquelles les médecins et les infirmières sont régulièrement confrontés dans les soins directs aux patients.
Les chercheurs affirment que ces résultats aideront à élaborer de futures directives de pratique clinique et donneront aux médecins une plus grande confiance dans leurs décisions de traitement pour les patients atteints de choc septique.