Le nombre de nouveaux cas d’accident vasculaire cérébral (AVC) a augmenté de 73% entre 1990 et 2023, pour atteindre 13,2 millions par an, alors que les taux d’incidence, de mortalité et d’incapacité ajustés par l’âge ont diminué au cours de cette période, selon une étude sur la Charge Globale de la Maladie (GBD, pour Global Burden of Disease) publiée dans la revue Neuroepidemiology.
L’étude, dirigée par l’Université technologique d’Auckland (Nouvelle-Zélande), estime qu’en 2023 environ 6,8 millions de personnes sont décédées d’un AVC et que près de 105 millions vivaient avec ses séquelles. Cette maladie est restée la deuxième cause de mort dans le monde et la troisième cause de mortalité et d’incapacité combinées.
Entre 1990 et 2023, la mortalité due à l’AVC ajustée par l’âge a diminué de 52 %, le taux d’années de vie ajustées par incapacité (AVAD) a chuté de 48 % et l’incidence a reculé de 25 %. Cependant, sur la même période, les décès ont augmenté de 22 % et les AVAD de 18 %.
Ces chiffres révèlent une contradiction difficile à expliquer, à savoir que, malgré la décrue des taux d’AVC, la charge mondiale des AVC continue d’augmenter. « La croissance et le vieillissement de la population expliquent en partie cette hausse, mais pas entièrement », déclare le professeur Valery L. Feigin, qui pilote l’étude.
« Avant on disait que l’AVC était une maladie des personnes âgées. Ce n’est plus vrai : 52 % des AVC surviennent désormais chez des personnes en âge de travailler, en dessous de 70 ans », précise-t-il.
Les chercheurs estiment qu’actuellement environ 1,9 million d’AVC surviennent chaque année chez des personnes âgées de 15 à 49 ans, une augmentation que Feigin et ses collègues attribuent à une exposition plus précoce et plus marquée à des facteurs de risque métaboliques, en particulier à une pression artérielle mal contrôlée et aux tendances d’obésité infantile qui se manifestent désormais comme l’hypertension et le diabète chez l’adulte.
Comme ils le soulignent, l’AVC demeure en grande partie prévisible, mais sa charge globale continue d’augmenter en termes absolus, avec d’importantes disparités régionales.
Par conséquent, ils affirment qu’il faut urgentement des stratégies de prévention intensifiées et adaptées à chaque région, axées sur les principaux facteurs de risque, tout en assurant un accès équitable aux soins d’urgence et à la rééducation, afin de réduire la mortalité et l’incapacité évitables liées à l’AVC dans le monde.
L’HYPERTENSION, PRINCIPAL FACTEUR DE RISQUE
L’hypertension non maîtrisée demeure la principale cause d’AVC dans le monde, responsable d’environ 60 pour cent de la charge globale. Cependant, près de la moitié des personnes à qui l’on prescrit des médicaments contre l’hypertension cessent de les prendre après quelques mois, souvent une fois que leurs valeurs se normalisent, et seulement environ 20 % des personnes ressentent les effets physiques d’une pression artérielle élevée.
Feigin décrit l’hypertension comme un « tueur silencieux » et rappelle que nombre de personnes ne réalisent pas que quelque chose ne va pas avant de subir un AVC ou un infarctus.
Par ailleurs, les hautes températures semblent aussi revêtir une importance importante, bien que souvent sous-estimées: leur part dans la charge des AVC a augmenté de 122 % entre 1990 et 2023, représentant plus de 2,2 millions d’AVAD rien qu’en 2023, majoritairement dans le nord et le centre de l’Afrique, au Moyen-Orient et dans le sud de l’Asie.
De plus, les basses températures présentent également des risques, a souligné Feigin, notamment dans les régions historiquement habituées à la chaleur, où les vagues de froid sont désormais associées à des taux plus élevés d’AVC et d’infarctus.
Les inégalités mondiales restent criantes : plus de 80 % des morts d’AVC et des AVAD surviennent dans les pays à revenu faible ou moyen, où l’exposition croissante aux facteurs de risque — et non le vieillissement de la population — constitue le principal moteur de l’augmentation du nombre d’AVC.
SE CONCENTRER SUR UN RISQUE ÉLEVÉ LAISSE PAS MAL DE CAS D’AVC POTENTIELS DE CÔTÉ
Feigin soutient que ce champ s’est appuyé de trop sur une stratégie de prévention par « haut risque », en examinant les individus et en ne traitant que ceux présentant un risque cardiovasculaire élevé.
« Même dans le meilleur des cas, le traitement des personnes à haut risque ne prévient qu’environ 11 % des AVC et des infarctus, car environ 80 % des AVC surviennent chez des personnes classées à faible ou moyen risque », affirme-t-il, rappelant que des revues récentes d’essais contrôlés randomisés montrent que la détection des risques à elle seule, sans suivi, ne conduit pas à une réduction significative des événements.
En revanche, il privilégie une combinaison de mesures au niveau de la population, comme la réduction de la consommation de sel, les taxes sur les boissons sucrées et le contrôle du tabac, avec une prévention individuelle par des outils numériques tels que les applications d’évaluation des risques pour les smartphones, qui peuvent atteindre des personnes à tout niveau de risque.
« Nous avons besoin d’une stratégie qui s’adresse à toutes les personnes présentant ne serait-ce qu’un seul facteur de risque élevé, et pas uniquement à celles qui dépassent un seuil de haut risque. Sinon, nous nous dirigeons vers une crise que les systèmes de santé auront du mal à absorber », affirme-t-il.