Les troubles du comportement alimentaire peuvent toucher des adolescents de tous les milieux. Pendant des années, on a associé ce type de problématique à des profils sociaux particuliers, mais une revue de 51 études révèle une réalité bien plus vaste et met l’accent sur un groupe qui peut passer inaperçu.
Des stéréotypes sur qui présente le plus de risque de développer ces problèmes pourraient compliquer l’identification en temps utile de certains adolescents.
LES TROUBLES ALIMENTAIRES NE SONT PAS UNIQUEMENT L’EXCLUSIVITÉ DES FAMILLES AÎSEES
L’étude, publiée dans le « International Journal of Eating Disorders » et menée en collaboration avec des chercheurs de l’Hôpital Universitaire de Copenhague (Danemark), a examiné des données provenant de 51 études impliquant 26 174 adolescents issus de pays occidentaux d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Australie.
Contrairement aux stéréotypes répandus, l’étude montre que les troubles alimentaires n’affectent pas seulement les familles riches et éduquées, et que cette idée peut conduire à négliger les adolescents issus de milieux à faible revenu, à ne pas leur proposer suffisamment de tests de dépistage ou à ne pas les reconnaître comme présentant un risque.
La auteure principale, la docteure Nora Trompeter (Institute of Child Health, Great Ormond Street, de l’UCL), déclare: « Les troubles alimentaires ont souvent été stéréotypés comme un problème de richesse, mais cette revue démontre que ce n’est pas l’image complète. Notre étude a révélé que les adolescents issus de foyers à faible revenu et d’un niveau d’éducation moindre présentent, de fait, plus de signes de troubles alimentaires, pas moins. Cela montre que les troubles alimentaires constituent une préoccupation à travers tout l’éventail socioéconomique, et que les efforts de prévention et de traitement doivent toucher les familles qui font face à des désavantages économiques et sociaux, qui peuvent actuellement être ignorées. »
En plus de l’anorexie, la boulimie et les troubles par crises diagnostiqués, la revue a également inclus des signes d’alerte précoces tels que la restriction alimentaire, le jeûne, une image corporelle déformée et la sensation de pression pour maigrir.
LES REVENUS FAMILIAUX, LE FACTEUR LE PLUS CONSTANT
Les revenus familiaux ont montré la corrélation la plus forte et la plus constante. Environ deux tiers des études ont trouvé que les adolescents issus de familles à faible revenu avaient davantage de chances de présenter des symptômes de troubles alimentaires, et aucune étude n’a trouvé le contraire.
L’analyse a également montré que les adolescents dont les parents avaient un niveau d’éducation plus élevé étaient moins susceptibles de présenter des symptômes d’un trouble alimentaire. Par exemple, les adolescents dont les parents n’ont pas fréquenté l’université avaient environ 25 % de chances supplémentaires de signaler des symptômes de troubles alimentaires par rapport à ceux dont les parents avaient fait des études universitaires.
Cependant, d’autres indicateurs socioéconomiques, tels que le niveau de privation d’un quartier, le métier des parents, les difficultés économiques ou le recours à des aides gouvernementales, ont donné des résultats beaucoup plus discordants et incohérents.
LE STÉRÉOTYPE PEUT COMPLÉTER LA DÉTECTION
La docteure Nora Trompeter rappelle: « Les troubles alimentaires ne discriminent pas selon le niveau de revenu ni selon le niveau d’éducation. En réalité, les preuves vont dans le sens contraire, et les traiter comme une condition propre aux personnes privilégiées risque que les adolescents qui ont le plus besoin de soutien restent non diagnostiqués et non traités. »
À la suite de ces résultats, les chercheurs appellent désormais les médecins, les professionnels de la santé et les conseillers scolaires à élargir leurs hypothèses sur qui est à risque de développer un trouble alimentaire, afin d’améliorer le dépistage précoce.
À cette idée, Trompeter ajoute: « Remettre en question les stéréotypes obsolètes pourrait aider à réduire les diagnostics erronés et garantir que les jeunes qui en ont le plus besoin reçoivent un traitement en temps utile ».