Emballages alimentaires : 87 % de leurs produits chimiques manquent de données de sécurité suffisantes

3 septembre 2026



   À chaque fois que nous achetons un aliment, nous ne choisissons pas seulement ce que nous allons manger. Nous entrons également en contact avec des matériaux conçus pour le conserver, le protéger ou faciliter sa consommation, et dans ces matériaux peuvent se trouver des milliers de substances chimiques.

Dans une nouvelle étude scientifique, évaluée par les pairs et réalisée par des chercheurs de la Food Packaging Forum Foundation (Suisse), il est soutenu que la majorité des substances chimiques présentes dans les emballages alimentaires manquent des données nécessaires pour protéger les consommateurs.

PLUS DE 15 000 SUBSTANCES ET UNE GRANDE INCERTITUDE SUR LEUR SÉCURITÉ

   Publié dans la revue Environmental Science & Technology, ce travail présente une démarche pratique, innovante et scalable pour mieux protéger la santé des consommateurs. En regroupant les plus de 15 000 substances chimiques qui peuvent être utilisées ou trouvées dans les emballages alimentaires, les ustensiles de cuisson ou d’autres matériaux en contact avec les aliments, il devient possible de prioriser l’examen réglementaire ou l’élimination progressive de ces substances. Cette nouvelle approche contribuera à prévenir des substitutions préjudiciables.

    Les réglementations en vigueur en Europe et en Amérique du Nord concernant les matériaux en contact avec les aliments ne protègent pas suffisamment la santé des consommateurs, car 87 % des substances chimiques manquent de données de sécurité adéquates pour tenir compte de l’étendue des effets qu’elles peuvent avoir sur la santé. Tant que ces substances chimiques en contact avec les aliments ne pourront pas être soumises à des essais appropriés et que les données manquantes ne seront pas disponibles, les auteurs proposent d’utiliser une approche par regroupement pour prioriser efficacement les substances chimiques potentiellement dangereuses selon leur structure chimique.

    La suppression progressive, les restrictions légales ou les essais priorisés fondés sur cette approche de regroupement pourraient aider les décideurs politiques et les fabricants à surmonter les lacunes de données et à mieux protéger la santé humaine et l’environnement.

   Parmi les conclusions, il est souligné qu’il existe d’importantes lacunes de données pour la majorité des substances chimiques. On sait que 1 222 substances chimiques en contact avec les aliments présentent des risques pour la santé humaine, mais plus de 13 000 manquent de données publiques suffisantes pour déterminer si elles sont sûres ou non pour les consommateurs.

    Il a été conclu qu’il existe 38 groupes chimiques prioritaires qui doivent être abordés. Ces groupes contiennent une proportion élevée de substances chimiques dangereuses connues et incluent les orthophthalates, les PFAS, les alkylphénols, les organophosphates, les isocyanates, les amines aromatiques primaires et d’autres.

    Il a également été observé que les substances chimiques peuvent aider à prévenir des substitutions malheureuses. Il existe 3 547 substances chimiques en contact avec les aliments appartenant à ces 38 groupes prioritaires. Cela signifie qu’elles présentent une similitude structurelle avec des substances chimiques dangereuses connues et pourraient donc donner lieu à des substitutions regrettables.

    De plus, il est suggéré que regrouper les substances chimiques permet de mieux protéger les consommateurs plus rapidement. Les réglementations actuelles sur les substances en contact avec les aliments analysent chaque substance individuellement, ce qui est inefficace et insuffisant compte tenu du manque important de données sur les aspects clés pour la santé. Une approche fondée sur les groupes permet de combler ces lacunes de données et, en fin de compte, de réduire le nombre de procédures réglementaires nécessaires et, surtout, de protéger plus rapidement la santé des consommateurs.

    L’étude publiée comprend une liste publique et fondée sur des preuves des substances chimiques dangereuses connues présentes dans les matériaux en contact avec les aliments (Liste FCCprio), ainsi qu’une application interactive (FCCgroup, mot de passe : fccgroup2026) pour aider les utilisateurs à identifier facilement si une substance chimique appartient à l’un des 38 groupes prioritaires.

LE RISQUE DE REMPLACER UNE SUBSTANCE CHIMIQUE INQUIÉTANTE PAR UNE AUTRE ÉGALE NÉANMOINS NON ÉTUDIÉE

    Sur la base des données de danger publique disponibles, les substances chimiques de la liste FCCprio pourraient être envisagées pour une utilisation plus restreinte dans les applications en contact avec les aliments. Étant donné le manque actuel de données nécessaires, les substances chimiques appartenant à un groupe prioritaire FCCgroup pourraient être réévaluées quant à leur sécurité et ne devraient pas être utilisées comme alternatives directes à des substances chimiques dangereuses connues, une pratique appelée substitution regrettable et qui a déjà été observée avec des substances comme le bisphénol A (remplacé par le bisphénol F).

   Hélène Wiesinger, coauteure de la Food Packaging Forum Foundation, déclare que « il existe de nombreuses substances chimiques dangereuses connues dans les emballages alimentaires, mais les remplacer par d’autres substances très similaires qui n’ont pas été suffisamment testées ne résout pas le problème ».

« En nous basant sur les substances chimiques dangereuses déjà connues, nous avons identifié 38 groupes de substances chimiques prioritaires et nous avons développé une méthode pour les identifier rapidement dans n’importe quel ensemble de substances chimiques. Cela peut aider les décideurs et les fabricants à repérer rapidement les substances chimiques potentiellement préoccupantes et à prendre les mesures opportunes », ajoute-t-elle.

    Pour sa part, Jane Muncke, coauteure de la Food Packaging Forum Foundation, conclut que la recherche démontre à quel point nous savons peu de choses sur de nombreuses substances chimiques auxquelles les consommateurs sont exposés au quotidien à travers les emballages des aliments qu’ils achètent.

« Les approches réglementaires actuelles en Europe et en Amérique du Nord analysent chaque substance chimique individuellement, mais cela est inefficace et ne protège pas suffisamment les consommateurs. Nous proposons une approche par regroupement fondée sur des preuves que les décideurs peuvent utiliser dès maintenant jusqu’à ce que les méthodes et les données de test adéquats soient disponibles », affirme-t-elle.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.