Les professionnels savent très clairement que les dilemmes ne sont pas des événements isolés, ils font partie du quotidien.
«Chaque jour, nous sommes confrontés à des dilemmes éthiques.»
Surtout lorsque différents systèmes entrent en jeu (santé mentale, protection de l’enfance, services sociaux), qui ne partagent pas toujours le même regard.
Deux façons de comprendre la réalité
L’un des principaux conflits réside dans l’interprétation du mal-être des femmes.
«Nous avons une perspective axée sur le traumatisme… et, bien souvent, en santé mentale on leur dit: tu as un TPL et c’est tout.«
Alors que du côté des ressources spécialisées, la consommation est perçue comme une stratégie d’adaptation face à la douleur, d’autres systèmes l’appréhendent selon une logique plus punitive.
«Nous voyons que ce sont des stratégies d’adaptation face à des situations émotionnelles très complexes.«
Protection de l’enfant vs. processus de rétablissement
Un autre grand dilemme apparaît dans le domaine de la protection de l’enfance. Les professionnelles se trouvent entre deux responsabilités :
- préserver le lien thérapeutique avec la femme
- garantir la sécurité de l’enfant
«Dépendant de l’endroit où l’on pose le focus… Cela génère des situations très complexes, où il n’y a pas toujours de réponses claires.«
Inégalités et regard de genre
De plus, on identifie des inégalités évidentes dans la façon d’évaluer les mères et les pères.
«Aux mères, on leur fait des analyses, un suivi… et au père, rien.«
Cela renforce une charge pesant sur les femmes qui ne correspond pas nécessairement à la réalité des risques.
Les professionnels soulignent également la difficulté de se coordonner avec d’autres ressources:
«Parfois, c’est un choc institutionnel entre circuits.»
Cela peut générer de la frustration, tant dans l’accompagnement professionnel que chez les femmes elles-mêmes, qui sentent qu’elles avancent dans leur parcours mais se heurtent à des obstacles externes.
Intervenir dans la complexité
Face à cette réalité, le travail devient nécessairement cas par cas, en analysant chaque situation en profondeur.
Il n’existe pas de solutions rapides ni universelles, mais des processus qui demandent du temps, de la coordination et une vision globale.
«Il ne suffit pas d’intervenir correctement au niveau individuel si les systèmes qui l’entourent ne soutiennent pas.«
«Teindre des soutiens, c’est aussi mener des réflexions critiques.«
Thomas Leroy