COVID persistant et autres infections : leurs effets à long terme pourraient modifier les stratégies de vaccination

9 octobre 2026



   Un nouveau modèle élaboré par des scientifiques interdisciplinaires de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) au Canada pourrait aider les experts en santé publique à mieux prendre en compte les effets à long terme des maladies infectieuses lorsqu’ils déterminent les taux de couverture vaccinale optimaux.

   « Nos modèles indiquent que même de faibles coûts post‑infection peuvent faire pencher la balance et justifier l’éradication de la maladie grâce à la vaccination », affirme le docteur Chadi Saad-Roy, professeur adjoint du département de Mathématiques et du Département de Microbiologie et Immunologie de l’UBC et auteur principal de la nouvelle étude.

   La pandémie de Covid-19 a mis en évidence comment les effets d’une infection peuvent persister, avec plus de 400 millions de personnes dans le monde souffrant de symptômes persistants (« Covid persistant » ou « Long Covid »). Bien que les preuves des impacts à long terme de l’infection soient de plus en plus solides, les modèles qui évaluent les stratégies de gestion des maladies infectieuses se concentrent généralement sur la phase aiguë.

    Pour combler cette lacune dans le présent étude, les chercheurs ont développé un système d’équations mathématiques pour examiner les interactions entre les interventions et les effets post-infection. Le travail est publié dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.

    « Du point de vue de la société, produire des vaccins a un coût, mais réduire les infections et leurs effets post‑infection offre un grand bénéfice », déclare Saad-Roy, se demandant où se situe le point d’équilibre juste. Pour un virus bénin, peut-être qu’il ne serait pas utile de vacciner du tout. Pour d’autres infections, il serait préférable de vacciner suffisamment de personnes pour éliminer la maladie. Ou le point idéal pourrait se trouver à mi-chemin. « Notre modèle peut aider à répondre à ces questions ».

UN MODÈLE QUI CALCULE LE COÛT DE LA MALADIE À LONG TERME

   L’équipe a d’abord utilisé un modèle épidémiologique qui calcule la fraction d’individus susceptibles, contagieux et guéris afin d’évaluer les interventions non pharmacologiques qui réduisent la transmission (comme le port du masque, la distanciation sociale et la filtration de l’air) comme complément des vaccins.

    Ils ont découvert que, à long terme, les interventions non pharmacologiques réduisaient substantiellement la proportion de personnes qui s’étaient infectées puis rétablies (et qui, par conséquent, demeuraient vulnérables aux effets post‑infection), ce qui suggère que ces mesures peuvent réduire efficacement la charge de morbidité à long terme.

    Par la suite, les chercheurs ont combiné des modèles épidémiologiques et économiques pour évaluer comment le coût associé aux syndromes persistants après la récupération influence le niveau optimal de couverture vaccinale.

    Pour fournir un outil capable d’identifier ce point optimal, les chercheurs ont écrit des équations tenant compte du coût social de l’infection aiguë et à long terme (par exemple, le coût de l’hospitalisation et la perte de main-d’œuvre) et du coût de la vaccination en termes de développement, de production, de distribution et de recrutement.

    Ils ont analysé trois scénarios différents de coûts vaccinaux à mesure que le nombre de vaccins administrés augmente : l’un où le coût s’accélère (en supposant qu’il existe une première vague de personnes qui adoptent le vaccin facilement et qu’il devient plus difficile de vacciner davantage en raison de la réticence vaccinale ou de barrières logistiques), l’un où le coût ralentit (en supposant que, bien qu’il y ait une résistance initiale à la vaccination, l’influence des pairs facilite la vaccination d’un plus grand nombre de personnes) et un autre où le coût s’accélère puis ralentit alternativement.

   L’équipe a découvert que, dans tous les scénarios, le niveau idéal de couverture vaccinale était très sensible aux effets post‑aigus et que même de faibles coûts post‑infection pourraient décaler la couverture optimale vers des taux plus élevés, voire vers des niveaux d’élimination.

    « Nous devons aborder cela avec rigueur et ne pas écarter les expériences individuelles comme des anecdotes », insiste Saad-Roy. Pour suivre et documenter de manière plus systématique les effets post‑infection, les chercheurs peuvent réaliser de grandes cohortes à long terme qui interrogeront les participants sur un large éventail de symptômes.

« Ces stratégies peuvent réduire efficacement l’infection aiguë, ce qui atténue à son tour la charge post‑maladie et, en fin de compte, conduit à un monde plus sain », ajoute-t-il.

LA RÉTICENCE À LA VACCINATION MODIFIE ÉGALEMENT LE NIVEAU OPTIMAL

    Il est fondamental de comprendre quel scénario de coût vaccinal, soit l’accélération, soit le ralentissement, se présente dans un contexte donné afin de déterminer le niveau optimal de couverture. Cela nécessitera des études socioéconomiques qui explorent la dynamique de la prise de décision vaccinale à un moment et dans un lieu donnés, pouvant être influencées par les campagnes de sensibilisation.

    « Si nous pouvons éduquer la population sur les avantages de la vaccination et réduire la réticence, cela peut diminuer le coût de la vaccination et pencher la balance en faveur de la vaccination pour éliminer la maladie », concluent les auteurs.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.