Des expertes multidisciplinaires des États-Unis, du Canada, de la Suisse et du Royaume‑Uni ont publié un article dans lequel elles remettent en cause les bénéfices pour la santé des applications numériques qui permettent de suivre le cycle menstruel et avertissent des risques pour la vie privée, entre autres.
Certaines de ces applications, qui aident aussi à prévoir quand survient la prochaine menstruation, proposent également une analyse des données personnelles afin d’améliorer la santé, le bien‑être et la performance en fonction de la phase du cycle dans laquelle se situe l’utilisatrice. Cependant, le travail publié dans ‘The BMJ’ démontre que ni le suivi du cycle ni les ajustements relatifs à l’alimentation et à l’exercice selon la phase n’ont démontré de manière convaincante une amélioration de la santé ou d’autres indicateurs de performance.
Selon les détails, des décennies de recherche en sciences du sport n’ont montré aucun effet généralisable de la phase du cycle menstruel sur la performance, le risque de blessure ou la santé, et toute relation observée a été minime et fortement individualisée.
La même observation s’applique aux preuves concernant les interventions diététiques destinées à atténuer les symptômes du cycle ou à améliorer la performance, qui qualifiées de non concluantes, fortement individualisées ou spéculatives.
Bien que la phase menstruelle coïncide avec des variations de la santé, de la performance ou de la vulnérabilité face aux blessures chez les personnes concernées, l’article souligne que les technologies de suivi numérique simples ne peuvent pas prévoir ces changements de manière fiable.
VULNÉRABILITÉ DES DONNÉES DE SANTÉ
Outre l’évidence limitée qui les étaye, l’article attire l’attention sur des risques graves pour les utilisatrices, parmi lesquels figure la vulnérabilité de la confidentialité des données de santé et leur utilisation abusive par des employeurs, des entreprises ou l’État, mais aussi la perte de temps et d’efforts, et la possibilité que ces dérives détournent l’attention ou mettent en péril les efforts pour améliorer la santé des femmes.
« Ces applications ont le potentiel de produire un impact généralisé sur le bien‑être des femmes et des filles. Cependant, il manque des preuves que ces outils numériques puissent réellement aider à maîtriser les troubles menstruels, améliorer la santé et fournir des informations sur les besoins en exercice et en nutrition », soulignent les auteures.
Dans ce contexte, elles appellent à renforcer la protection des données numériques des consommateurs et des employés, améliorer la sensibilisation des utilisateurs sur la manière dont les données sont utilisées et conseiller aux médecins de recommander des applications aux patients uniquement lorsqu’elles respectent des normes strictes. Par ailleurs, elles plaident pour réguler le marketing trompeur et résister à l’appropriation commerciale de la rhétorique activiste féministe.
Elles proposent également de développer du contenu sur les réseaux sociaux concernant l’adaptation de l’alimentation et de l’activité physique au cycle menstruel, afin de renforcer la confiance du public envers des sources plus crédibles et de contrer les narrations trompeuses sur les hormones et la santé.
Parallèlement, elles insistent sur l’importance de sensibiliser les professionnels de santé, les organismes régulateurs et le public aux risques que ces technologies représentent pour la santé des femmes et de travailler pour y remédier.
« La santé des femmes sera mieux protégée si nous nous concentrons sur la réduction des inégalités qui demeurent dans la santé menstruelle et sur l’amélioration de l’accès de toutes les personnes à l’activité physique, au repos, à la sécurité, à la nutrition et à d’autres ressources qui favorisent le bien‑être », soulignent‑elles.