L’OMS appelle à aborder la santé des femmes non seulement sous l’angle de la maternité

23 août 2026



La santé des femmes demeure largement abordée sous l’angle de la maternité, alors même que la majorité de leurs décès surviennent en dehors du cadre maternel, révèle un nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Le document met également en garde contre le fait que les femmes vivent plus longtemps, mais pas nécessairement en bonne santé, et souligne d’importantes inégalités en matière de mortalité selon le lieu de résidence.

« Les femmes sont bien plus que des mères, et les systèmes de santé doivent les traiter comme telles. Nous exhortons les États Membres de la Région européenne à supprimer les obstacles qui entravent l’accès des femmes et des filles aux soins de santé, à corriger les lacunes des données qui cachent les vraies causes des décès des femmes et à intégrer la prévention de la violence dans les politiques nationales de santé », a indiqué Natasha Azzopardi-Muscat, directrice des Systèmes de Santé de l’OMS/Europe.

Dans ce contexte, le rapport indique que, au cours des deux dernières décennies, la mortalité maternelle a globalement diminué dans l’ensemble de la Région européenne de l’OMS. L’organisation souligne qu’il s’agit d’un progrès important, car plus de 98 pour cent des accouchements dans la région ont lieu dans des établissements de soins et environ 99 pour cent sont pris en charge par du personnel de santé qualifié. Ce succès peut être attribué à l’amélioration des soins cliniques, à une meilleure surveillance et à un engagement politique soutenu.

Cependant, l’OMS souligne que presque toutes les morts maternelles sont évitables et peuvent être prévenues par des interventions efficaces de santé publique ou par des soins opportuns et de haute qualité. Toutefois, plus de 3 500 femmes dans la Région européenne de l’OMS sont décédées de causes maternelles entre 2018 et 2022. En fait, depuis 2013, les taux de mortalité maternelle se sont stagnés et, en Europe orientale et septentrionale, ont augmenté.

Parallèlement, les tendances de mortalité toutes causes confirment des inégalités géographiques persistantes. Bien que les taux de mortalité chez les femmes aient globalement diminué dans l’ensemble de la Région depuis 2000, le lieu de résidence d’une femme continue d’influencer de manière significative ses chances de mener une vie longue et saine.

Les femmes d’Asie centrale, d’Europe orientale et d’Asie occidentale présentent toujours des taux de mortalité sensiblement plus élevés que ceux des femmes d’Europe septentrionale, méridionale et occidentale. Cet écart demeure inchangé depuis plus de deux décennies, souligne le rapport.

PROBABILITÉ PLUS IMPORTANTE QUE LA CAUSE DE LA MORT NE SERA MAL DÉFINIE

Parmi les femmes âgées de 45 ans et plus, il est nettement plus fréquent que les causes de décès soient enregistrées dans des catégories peu spécifiques, classées officiellement comme des causes de décès mal définies. Celles-ci incluent des termes tels que fragilité, arrêt cardiaque, insuffisance cardiaque, démence non spécifiée ou, simplement, causes inconnues.

En fait, dans ce groupe d’âge, les femmes présentent environ 14 pour cent de probabilités supplémentaires par rapport aux hommes que leur cause de décès soit classée comme mal définie.

Une partie de cette différence dans les causes de décès mal définies peut s’expliquer par des facteurs attendus. Les femmes vivent plus longtemps et le vieillissement s’accompagne souvent de multiples maladies chroniques, ce qui rend la certification de la cause du décès plus complexe. Cependant, ce n’est qu’une partie de l’explication. De plus en plus de preuves démontrent que les femmes reçoivent des diagnostics plus tardifs, subissent moins de tests et restent sous-représentées dans la recherche clinique, en particulier dans le domaine des maladies cardiovasculaires.

VIOLENCE CONTRE LES FEMMES

Selon l’OMS, d’autres risques, comme la violence, continuent également d’être sous-estimés. En comparant la mortalité maternelle à celle due à des causes violentes, on observe un contraste net.

L’organisation souligne que les données disponibles sur la violence envers les femmes sous-estiment probablement l’ampleur réelle du problème. Ainsi, elle indique que la violence contre les femmes est souvent sous-notifiée en raison du stigmate, des normes sociales et des questions juridiques, ce qui en fait l’un des indicateurs les plus difficiles à mesurer.

« Plus préoccupante encore est la répartition selon l’âge. La violence contre les femmes est souvent perçue comme un problème affectant surtout les plus jeunes, mais le risque ne disparaît pas avec l’âge. Les femmes plus âgées continuent de subir la violence de leur partenaire, des sévices psychologiques et d’autres formes de violence, tandis que le risque de féminicide persiste tout au long de la vie », ajoute le document.

Enfin, le rapport déplore que les femmes restent sous-représentées dans la recherche clinique, en particulier en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires, ce qui retarde le diagnostic et le traitement.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.