Des chercheurs de l’Institut Helmholtz pour la recherche sur le diabète de Munich (Allemagne) proposent d’étendre à l’échelle européenne le dépistage de la diabète de type 1 et de le réaliser idéalement en trois périodes d’âge: de 2 à 4 ans, de 6 à 8 ans et de 10 à 15 ans, selon une nouvelle étude présentée lors de la Réunion annuelle de l’Association européenne pour l’étude du diabète (EASD), à Milan (Italie).
L’étude décrit des programmes pilotes de dépistage du diabète de type 1 menés dans huit pays différents. Parmi les auteurs figurent le docteur Peter Achenbach et la professeure Anette-Gabriele Ziegler, de l’Institut Helmholtz Munich pour la diabète.
Des recherches antérieures menées par ces auteurs avaient établi l’existence de stades présymptomatiques précoces du diabète de type 1 (DT1), appelés les stades 1 et 2, tandis que ce qui était autrefois connu comme la phase symptomatique est aujourd’hui désigné comme la phase 3.
La détection précoce du diabète de type 1 revêt une importance croissante, selon les auteurs, car des stratégies de prévention et de modification de la maladie sont en cours de mise en place. L’une d’entre elles, le teplizumab, est déjà disponible et d’autres approches sont en développement. L’identification de personnes à un stade présymptomatique s’accompagne également d’avantages cliniques, notamment une diminution du risque d’acidocétose diabétique.
Le consort EDENT1FI est une initiative de collaboration européenne visant à promouvoir le dépistage populationnel et à harmoniser les méthodes de détection précoce entre les pays. Il est coordonné conjointement par les professeurs Chantal Mathieu, de la KU Leuven (Belgique), et Anette-Gabriele Ziegler. Au nom d’EDENT1FI et en suivant un protocole commun, les auteures ont mis en place un programme de dépistage des auto-anticorps des îlots pancréatiques afin d’évaluer sa faisabilité, les taux de participation, la prévalence du DT1 en phase précoce et la performance et la comparabilité des tests entre les centres participants.
Des centres de huit pays ont participé: République tchèque (Prague), Danemark et Suède (Copenhague et la région Öresund), Allemagne (Münich, Hanovre, Dresde), Italie (Milan), Pologne (Varsovie, Katowice), Portugal (Lisbonne, Matosinhos, Beja) et Royaume-Uni (Birmingham).
Le dépistage ciblait des enfants et adolescents âgés de 2 à 10 ans en Allemagne, et de 2 à 17 ans dans les autres pays (en raison des variations spécifiques des protocoles de dépistage par centre). Le dépistage utilisait du sang capillaire pour le test initial (échantillons de sang séché dans le Royaume-Uni) et du sang veineux pour la confirmation. On utilisait un test visant une combinaison de 3 autoanticorps (GADA, IA-2A, ZnT8A) pour le dépistage initial.
Les échantillons positifs ont été analysés pour 4 autoanticorps (GADA, IA-2A, ZnT8A et IAA) dans deux laboratoires centraux (Munich, Milan). Les participants présentant au moins deux autoanticorps ont subi des tests de confirmation; après la confirmation, un diagnostic de diabète de type 1 en phase précoce a été établi. Les personnes présentant un DT1 en phase précoce ont été invitées à suivre une éducation et à subir une évaluation métabolique (test de tolérance à la glucose par voie orale et HbA1c).
L’étude a porté sur des enfants avec et sans un parent au premier degré atteint de diabète de type 1; la proportion sans tel proche est évidemment plus élevée que celle avec.
Plus de 140 000 enfants et adolescents
Au total, 140 568 jeunes (49,2 % de filles) ont participé au dépistage avec une moyenne d’âge de 7,6 ans, dont 10 273 (7,3 %) présentaient des antécédents familiaux de diabète de type 1 au premier degré et 127 754 (90,9 %) sans ces antécédents, et 2 541 cas non rapportés. Parmi ces derniers, 219 (2,13 %, soit environ 1 sur 45) avec antécédents familiaux et 408 (0,32 %, soit 1 sur 350) sans ces antécédents présentaient un diabète de type 1 en phase précoce.
Les fréquences chez les enfants sans antécédents familiaux variaient de 0,22 % en Allemagne à 0,42 % au Royaume-Uni et 0,47 % en Suède, et elles étaient liées à l’âge (ce qui signifie que la prévalence du DT1 en phase précoce était plus faible chez les enfants de 2 à 4 ans (0,22 %) et augmentait dans les groupes d’âge 4 à <8 ans (0,31 %) et 8 à 13 ans (0,40 %)).
En Italie, où le dépistage a eu lieu dans la ville hôte de l’EASD, Milan, on a évalué 4 507 participants avec une médiane d’âge de 6,5 ans, dont 3 641 (80,8 %) sans antécédents familiaux de DT1 au premier degré, parmi lesquels 5 (0,14 %) présentaient un DT1 à un stade précoce. Aucun cas n’a été détecté chez les 167 enfants italiens ayant un proche au premier degré.
Au Royaume-Uni, un total de 17 409 enfants a été examiné, avec une moyenne d’âge de 8,4 ans. Parmi eux, 59 cas (0,42 %) ont été détectés chez ceux sans antécédent familial et 67 (3,43 %) chez ceux en ayant un.
En Suède, on a examiné 7 926 enfants, avec une moyenne d’âge de 9,4 ans. Parmi eux, 36 cas (0,47 %) ont été détectés chez ceux sans antécédent familial et 4 (1,21 %) chez ceux en ayant un proche au premier degré.
En Allemagne, sur 43 470 enfants examinés, avec une moyenne d’âge de 4,3 ans, les taux de cas étaient nettement plus faibles, soit 90 (0,22 %) chez les enfants sans antécédent familial et 35 (1,36 %) chez ceux qui avaient un proche.
634 CAS DE DIABÈTE DE TYPE 1 EN PHASE PRÉCOCE
Sur les 634 participants atteints de diabète de type 1 en phase précoce, 386 (61 %) ont complété l’évaluation métabolique: 300 (78 %) présentaient une DT1 au stade 1, 70 (18 %) au stade 2 et 16 (4,1 %) au stade 3. Les participants atteints de DT1 en phase précoce sont inclus dans le Registre européen du diabète pré-type 1.
Les auteurs soutiennent que cette étude démontre que les principes de dépistage développés à l’origine en Allemagne peuvent être appliqués avec succès dans des régions où les systèmes de santé diffèrent. L’initiative EDENT1FI démontre, de plus, que le dépistage du diabète de type 1 en phase précoce peut être mis en œuvre efficacement à travers l’Europe.
« Les prochaines étapes visent à intégrer la détection précoce du diabète de type 1 dans les soins médicaux généraux. En plus de l’Europe, d’autres initiatives de dépistage précoce du diabète de type 1 existent dans le monde, notamment aux États-Unis et en Australie », déclare-t-on.