Coût de l’insomnie subclinique : près de 6 500 euros par personne et par an, selon une étude de Cigna

3 octobre 2026



La responsable e-santé de l’assureur Cigna Healthcare, le docteur Daniela Silva, a indiqué que la perte de bien-être associée à l’insomnie subclinique ou légère « équivaut à ne plus percevoir 6 407 euros par an » par personne, ce qui touche 37,65 % des Espagnols, chiffre tiré de l’étude intitulée « Impact socioéconomique de l’insomnie en Espagne ».

« Cette somme grimpe lorsque l’insomnie est modérée ou grave », a-t-elle précisé, en référence au travail mené par l’organisme d’analyse économique Misura Economics et soutenu par l’Alliance pour le Sommeil. Présenté mardi à Madrid, il montre que la perte de bien-être s’élève à 15 770 euros dans le premier cas et à 43 073 euros dans le second.

Silva, qui explique que les chiffres économiques ont été obtenus par « une formule mathématique permettant de calculer le coût monétaire de la perte de bien-être associée à l’insomnie », a souligné qu’il n’existait pas auparavant d’informations à ce sujet.

Pour autant, elle a aussi utilisé des données d’une étude publiée en 2023 par RAND, qui estimait que 43,4 % de la population souffrait d’insomnie et qu’il y avait 13,835 milliards d’euros de pertes de productivité sur le lieu de travail lorsque l’insomnie est chronique, définie comme se produisant au moins trois fois par semaine pendant au moins trois mois.

En outre, et toujours selon l’étude antérieure, la perte économique liée à l’insomnie chronique équivaut à 0,82 % du PIB de 2025, tandis que le coût total associé à l’insomnie atteint 12 % et représente 207 722 millions d’euros.

UN 19,9% SOUFFRE D’UN MANQUE DE SOMMEIL MODÉRÉ ET 5,4% GRAVE

Par ailleurs, l’étude de Cigna, réalisée par le biais d’un sondage auprès d’un échantillon de 1 630 adultes travailleurs en Espagne, démontre que 39,75 % des participants ne souffrent pas d’insomnie, tandis que 19,9 % en souffrent de manière modérée. 5,4 % présentent une forme grave.

Les résultats reposent sur une évaluation subjective de la qualité de vie et servent à « mettre un prix » aux activités abandonnées en raison d’un sommeil insuffisant, a déclaré le président de l’Association espagnole des spécialistes en médecine du travail (AEEMT) et membre de l’Alliance pour le Sommeil, le docteur Juan Carlos Rueda, qui a rappelé qu’en Espagne près de 18 millions de personnes souffrent de troubles du sommeil.

Dans ce contexte, il a soutenu que « il est frappant que l’impact du sommeil, en termes de prévalence, soit plus fréquent chez les femmes en général », plus précisément « chez les personnes de plus de 55 ans c’est là que l’impact modéré ou grave est le plus marqué », lorsque survient un facteur hormonal et périménopausique. « Chez les hommes, entre 25 et 35 ans », a-t-il ajouté, et d’ajouter qu’une approche globale est nécessaire, prenant en compte tous les facteurs et adaptant selon le sexe.

Après avoir affirmé que les causes du mauvais sommeil évoquées le plus souvent étaient « cauchemars, changements de température et douleurs généralisées », il a souligné que le rythme de vie et le fait d’être éloigné de son environnement et de sa biologie propres jouent aussi un rôle. « Nous avons perdu le contact avec la lumière naturelle et les rythmes de nutrition », a-t-il ajouté, soulignant que tout cela « provoque des perturbations » qui entraînent un sommeil de moins bonne qualité.

Les conséquences de cela, lorsque l’insomnie est grave, sont que 82,2 % déclarent ressentir de la fatigue et une motivation moindre, tandis que 62,2 % signalent de l’irritabilité et 60 % un manque de concentration. En outre, 48,9 % indiquent des difficultés à prendre des décisions.

À son avis, le sommeil doit être une « priorité » pour les organisations, ainsi que « dans le cadre de la prévention des risques professionnels », ce qui a été partagé par Silva, qui a soutenu que celle de Cigna consiste à « travailler sur la prévention », l’un des piliers fondamentaux, aux côtés de la santé. C’est pourquoi l’étude a été réalisée, car « le sommeil est très transversal » et affecte « les autres piliers ».

« Les personnes souffrant d’un plus haut degré d’insomnie ont une perception de leur santé bien plus négative », a-t-il poursuivi, après quoi il a souligné que « seulement 16 pour cent des personnes atteintes d’insomnie grave » ont recours à la thérapie indiquée, qui est la thérapie cognitivo-comportementale. « Il n’y a pas suffisamment de psychologues ni de formation » à ce sujet, a-t-il expliqué.

MANQUE D’ACCÈS À LA THÉRAPIE COGNITIVO-COMPORTEMENTALE

Dans ce sillage, l’expert européen en médecine du sommeil, le docteur Javier Albares, a déclaré que « il n’existe pas d’accès dans les soins publics à la thérapie cognitivo-comportementale » et « même au niveau privé tout le monde ne peut pas se le permettre ». « Tout cela entraîne des problèmes avec les benzodiazépines », ce qui « implique, à long terme, des risques de neurodégénérescence », a-t-il averti, appelant à un changement.

« Il y a beaucoup de patients qui ne veulent pas de médication », a-t-il affirmé, mais il a souligné que le médecin, parfois, « n’a pas d’autre recours ». En effet, l’étude estime qu’un coût annuel des benzodiazépines dépasse les 100 millions d’euros en Espagne.

Après avoir indiqué qu’il est « indispensable de donner à l’importance au sommeil qu’il mérite » et de « ne pas normaliser » son absence, il a rappelé que le principal problème associé n’est pas l’insomnie elle-même, mais que « les gens ne consacrent pas les heures nécessaires pour se reposer ». « Le sommeil n’est pas un luxe ou quelque chose dont on peut se passer, c’est un besoin physiologique pour notre santé mentale et physique », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il a des répercussions sur le système cardiovasculaire et sur d’autres aspects, comme l’élimination des toxines dans le cerveau.

En conséquence, il a exhorté à dormir « entre sept et huit heures » et à le faire dans le même créneau horaire, ce qui se traduit par moins d’absences et moins d’accidents du travail, ainsi que plus de productivité. Par ailleurs, il a engagé les entreprises à « protéger la déconnexion, offrir une prévisibilité des horaires et ouvrir un moyen de soutien à ceux qui n’arrivent pas à se reposer ».

Enfin, la responsable marketing de Cigna Healthcare Espagne, Sara Moreno, a souligné que l’étude détaillée représente « la continuité de la ligne de travail de l’année dernière », qui évaluait « l’impact de l’alimentation sur le secteur professionnel ». Désormais, elle a évalué la souffrance liée à l’insomnie, qui revient à dormir entre deux et quatre heures de moins que ceux qui n’ont pas de problèmes de sommeil, atteignant la fourchette entre quatre et cinq heures lorsqu’elle est grave.

Par ailleurs, l’étude indique que les médicaments sur ordonnance constituent le traitement le plus courant des troubles du sommeil, puisque quatre personnes sur dix y ont recours. En outre, les personnes souffrant d’insomnie consultent les soins primaires pour ce problème près de six fois plus que celles qui ne rencontrent pas de difficultés à dormir.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.