Les yeux secs, démangeaisons, vision brouillée ou maux de tête après avoir passé des heures sur son smartphone. Bien que ces inconforts soient de plus en plus fréquents, il existe un mythe qu’il convient de dissiper: les écrans ne « brûlent » pas les yeux, et ils n’endommagent pas directement l’œil, et il n’existe pas non plus de preuve que la lumière bleue des téléphones provoque des lésions de la rétine lors d’un usage quotidien.
Le problème réside davantage dans notre manière d’utiliser ces appareils : la distance, l’absence de pauses, le clignement réduit des yeux, et de longues périodes de vision de près. Chez les enfants, l’histoire prend une autre tournure: passer moins de temps dehors peut favoriser le développement et la progression de la myopie.
Ainsi, c’est ce que rappelle, lors d’un entretien accordé à Europe Press Santé Infosalus, le chef du service d’Ophtalmologie de l’Hospital Universitari Dexeus de Barcelone, le docteur Carlos Barnés, qui met en garde que « c’est un mythe à moitié » le fait de regarder longtemps son mobile endommage la vue: « Passer de nombreuses heures à regarder le smartphone n’endommage pas physiquement l’œil, ni ne provoque des maladies oculaires par lui-même. Il n’a pas non plus été démontré que cela cause la myopie chez l’adulte ».
PRINCIPAUX SYMPTÔMES DE L’UTILISATION EXCESSIVE DU MOBILE
Ce qui peut, en revanche, se manifester, c’est ce que l’on appelle la « fatigue visuelle numérique », ou le « syndrome visuel informatisé », un ensemble d’inconforts temporaires liés à l’usage prolongé d’écrans à courte distance, qui peut être très gênant, mais dans la grande majorité des cas ne provoquent pas de dommages permanents à la vision.
« Les inconforts les plus fréquents sont la sécheresse oculaire, car lorsque nous regardons un écran nous clignons des yeux environ un tiers de fois de moins que d’habitude; une sensation de fatigue ou de lassitude visuelle; des épisodes de vision brouillée transitoire, notamment lors du passage de la vue de près à la vue lointaine; des maux de tête; et des symptômes d’irritation oculaire tels que démangeaisons, brûlures ou sensation de sable dans les yeux. De plus, de nombreuses personnes ressentent des douleurs au cou et aux épaules liées à la posture adoptée lors de l’utilisation prolongée du téléphone », explique cet expert de Quirónsalud Dexeus.
Il précise ici que les symptômes les plus fréquents ne résultent pas du mobile en tant que tel, mais de l’usage prolongé de tout écran ou de toute activité nécessitant de conserver la vision focalisée de près pendant longtemps. « Le mobile est simplement devenu l’appareil que nous utilisons le plus tout au long de la journée. Bien que ces symptômes soient généralement temporaires et s’améliorent avec le repos visuel, ils peuvent affecter significativement le bien-être et la qualité de vie lorsque l’exposition aux écrans est très intense ou continue », précise-t-il.
QUE SE PASSE-T-IL AVEC LA LUMIÈRE BLEUE ?
Une autre interrogation entourant l’usage du mobile et son éventuel impact sur notre vue est la lumière bleue émise par ces écrans, souligne ce spécialiste de Quirónsalud Dexeus : « C’est probablement l’un des sujets qui suscite le plus de doutes lorsque l’on parle de santé visuelle. Cependant, les preuves scientifiques disponibles actuellement ne soutiennent pas que la lumière bleue émise par les mobiles, ordinateurs ou tablettes cause des dommages à la rétine avec une utilisation habituelle. »
Barnés souligne toutefois que les études qui avaient alerté sur une toxicité potentielle ont été réalisées principalement en conditions de laboratoire, utilisant des cellules isolées exposées à des intensités de lumière bien supérieures à celles émises par les écrans que nous utilisons au quotidien. Par conséquent, comme il le rappelle, ce que nous savons aujourd’hui, c’est que la lumière bleue peut influencer notre rythme biologique : « Lorsque nous y sommes exposés dans les heures qui précédent le sommeil, surtout le soir, elle peut réduire la production de mélatonine, l’hormone qui régule le cycle sommeil‑vérité. Cela peut rendre l’endormissement plus difficile et affecter la qualité du sommeil ».
Par conséquent, réaffirme cet ophtalmologue, il n’existe aucune preuve que regarder le mobile « endommage » la rétine, mais cela peut influencer le repos si l’on l’utilise de façon intensive avant de se coucher. « C’est pourquoi nous recommandons de modérer l’usage des écrans durant les heures qui précèdent le sommeil et d’activer les modes nocturnes lorsque cela est possible », conseille-t-il.
LES ENFANTS, UNE ATTENTION PARTICULIÈRE À L’UTILISATION DU MOBILE
Cependant, le docteur Barnés attire l’attention sur le cas des enfants, « la principale exception », puisqu’à ses dires, chez la population infantile il existe une association entre l’usage intensif des écrans et une progression plus marquée de la myopie.
« Toutefois, ce n’est pas tant l’appareil en lui-même qui joue, mais plutôt la combinaison d’activités prolongées en vision de près et d’une moindre exposition à l’extérieur. Par conséquent, le véritable problème n’est pas que le mobile détériore les yeux, mais que l’usage excessif des écrans favorise l’apparition de symptômes de fatigue visuelle et peut contribuer au développement ou à la progression de la myopie chez les jeunes », ajoute-t-il.
Souligne donc, dans le cas des mineurs, que le temps passé devant les écrans tend à réduire celui passé à l’extérieur, et l’on sait que l’exposition à la lumière naturelle agit comme un facteur protecteur contre le développement et la progression de la myopie. « De plus, les yeux en développement sont plus sensibles aux périodes prolongées de vision de près et à certains comportements posturaux associés à l’utilisation intensive des dispositifs électroniques », soutient-il.
Pour cette raison, les recommandations adressées aux familles sont claires, comme le souligne le médecin: limiter le temps d’écran selon l’âge, encourager les activités en plein air et réaliser des contrôles ophtalmologiques réguliers durant l’enfance. « Ces contrôles sont particulièrement importants car la myopie peut progresser progressivement et passer inaperçue jusqu’à ce que l’enfant ou l’adolescent ait des difficultés à voir de loin », insiste-t-il.
PRÉSERVER LA VUE EN CAS D’UTILISATION INTENSE DES ÉCRANS
Dans ce contexte, le docteur Barnés reconnaît qu’il n’existe pas de nombre magique d’heures au-delà duquel on puisse dire que le téléphone commence à être nuisible pour la vue, mais il précise que ce qui influence réellement, c’est la manière dont on l’utilise. « Deux personnes peuvent consacrer le même nombre d’heures au mobile et ressentir un niveau de fatigue visuelle très différent selon leurs habitudes », évalue-t-il, tout en indiquant que les facteurs qui impactent le confort visuel sont :
* La distance d’utilisation: plus on tient le mobile près des yeux, plus l’effort de mise au point est important; il est recommandé de conserver une distance d’environ 30 à 40 centimètres.
* L’éclairage ambiant: utiliser le mobile dans l’obscurité complète ou avec un éclairage inapproprié augmente l’effort visuel et peut favoriser l’apparition de gênes.
* Les pauses: plusieurs heures sans quitter l’écran créent davantage de fatigue que le même temps réparti avec des pauses régulières.
* La taille du texte et la luminosité de l’écran: lire des textes trop petits ou régler une luminosité mal adaptée oblige à fournir un effort supplémentaire.
« En définitive, il ne s’agit pas de viser une durée précise, mais de prêter attention à ces habitudes. Maintenir une distance adéquate, effectuer des pauses fréquentes et utiliser les écrans dans de bonnes conditions d’éclairage peut faire une différence importante pour la santé et le confort visuel », conseille cet expert.
Ainsi, plutôt que de réduire drastiquement le temps passé devant un écran — ce qui serait irréaliste pour beaucoup — ce médecin estime qu’il faut adopter des habitudes qui aident à prévenir la fatigue visuelle numérique; des mesures qui bénéficient d’un soutien clinique et qui peuvent avoir un impact significatif sur le confort visuel quotidien, parmi lesquelles on trouverait :
·La règle des 20‑20‑20 est utile: toutes les 20 minutes, regarder quelque chose à 20 pieds (environ 6 mètres) pendant 20 secondes pour détendre la mise au point.
·Cligner intentionnellement des yeux plus fréquemment.
·Conserver une distance d’au moins 30–40 cm avec le mobile.
·Adapter la luminosité de l’écran à celle de la pièce, éviter de l’utiliser dans l’obscurité totale.
·Utiliser des larmes artificielles en cas de sécheresse.
·Faire vérifier sa vue si les symptômes persistent, car parfois la fatigue visuelle est due à un défaut réfractif non corrigé.