Le fibrome utérin peut-il devenir cancéreux ? Une gynécologue clarifie l’une des grandes questions après le diagnostic

12 septembre 2026



Un fibrome utérin n’est pas synonyme de cancer, ni non plus de chirurgie. Ces tumeurs bénignes, formées à partir du muscle de l’utérus, sont très fréquentes chez les femmes en âge de procréer et, dans la majorité des cas, elles ne provoquent pas de symptômes et ne nécessitent pas de traitement. Toutefois, lorsqu’apparaissent des règles très abondantes ou prolongées, des douleurs ou une pression pelvienne, des gênes urinaires ou intestinales, ou des problèmes de reproduction, ils peuvent influencer de manière significative la qualité de vie.

La docteure Rocío Domingo Alcalá-Santaella, gynécologue obstétricienne au Centre Hospitalier de Manises à Valence, explique dans ce reportage exclusif pour Infosalus.com pourquoi surviennent les fibromes, quels symptômes ne devraient pas être normalisés, quand il suffit de les surveiller, et quels traitements permettent de maîtriser leurs effets, y compris des procédés peu invasifs qui peuvent éviter dans certains cas une chirurgie lourde.

Selon cette experte, les fibromes sont des tumeurs bénignes de l’utérus, parfois aussi appelées « léiomyomes », et les tumeurs pelviennes les plus fréquentes chez la femme. Ils se forment à partir des cellules du muscle utérin, rappelant qu’il n’existe pas une seule cause à leur développement.

TENDANCE À APPARAÎTRE ET À SE DÉVELOPPER EN ÂGE REPRODUCTIF

« De façon générale, on pense qu’ils démarrent lorsqu’une cellule du muscle utérin se modifie et devient « anormale » (souvent en raison d’une mutation), puis cette cellule se multiplie et forme une masse. Nous savons que la génétique joue un rôle et que certaines familles présentent une prédisposition. Leur développement dépend de l’action des hormones sexuelles (œstrogène et progestérone), c’est pourquoi ils apparaissent et croissent généralement durant l’âge reproductif, et tendent à se stabiliser ou diminuer après la ménopause », ajoute-t-elle.

Dans ce cadre, l’une des plus grandes inquiétudes après le diagnostic est de savoir si le fibrome peut se transformer en cancer, ou bien compromettre la fertilité, comme nous l’avons évoqué précédemment. À ce sujet, la docteure Domingo Alcalá-Santaella souligne que, en général, ce sont des tumeurs bénignes qui ne peuvent pas devenir cancéreuses. Elle précise toutefois qu’il existe un cancer de l’utérus pouvant ressembler à un fibrome (sarcome utérin), qui est très rare.

En ce qui concerne l’impact sur la fertilité féminine, cette gynécologue de l’Hospital de Manises confirme que ces fibromes peuvent en effet contribuer à l’infertilité et augmenter le risque d’avortements: « Les fibromes qui influencent le plus sont ceux qui affectent la cavité (la partie interne de l’utérus où s’implante l’embryon). Dans ces cas, l’indication est une myomectomie par hystéroscopie, qui est une chirurgie peu invasive (semblable à une colonoscopie ou à une gastroscopie) où l’entrée dans l’utérus se fait par le vagin via le col de l’utérus sans incision ».

S’il existe des difficultés à concevoir, poursuit cette médecin, il est conseillé d’étudier le couple dans son ensemble car l’infertilité est souvent multifactorielle et le fibrome n’explique pas toujours tout.

« Un message que je tiens à faire passer à toute femme récemment diagnostiquée est qu’un fibrome utérin est une tumeur bénigne et que nous disposons de multiples options de traitements pour améliorer sa qualité de vie. C’est précisément pour cette raison que nous recommandons à toutes les patientes de ne pas normaliser les symptômes et de consulter leur gynécologue dès le moindre doute », avertit cette experte.

SYMPTÔMES PRINCIPAUX À NE PAS IGNORER JAMAIS

Plus précisément, elle considère fondamental de communiquer à la population que des règles très abondantes ou douloureuses, ou encore des gênes pelviennes, ne relèvent pas de la normalité et qu’il faut systématiquement consulter un gynécologue pour une évaluation, que ces patientes aient ou non des fibromes. « Il est important que les femmes savent qu’il existe de nombreuses outils pour améliorer ces symptômes et leur qualité de vie », défend la spécialiste.

Si l’on se penche sur les patientes porteuses de fibromes, la docteure Domingo Alcalá-Santaella estime qu’il serait justifié que ces dernières présentent des symptômes tels que des règles très abondantes ou qui durent longtemps, fatigue ou sensation de faiblesse (pouvant être liée à l’anémie), douleur abdominale ou pression pelvienne, douleur lors des rapports sexuels, symptômes urinaires ou intestinales pouvant être dûs à une « pression » de l’utérus (comme difficulté à vider la vessie ou constipation), difficulté à concevoir, ou fausses couches à répétition.

« Il est important de rappeler, encore une fois, que même si les fibromes peuvent provoquer une vaste gamme de symptômes, dans la majorité des cas ils n’en provoquent aucun et n’ont pas forcément d’impact sur la qualité de vie des patientes », insiste cette gynécologue de l’Hôpital de Manises.

TOUS LES FIBROMES NÉCESSITENT-ILS UN TRAITEMENT ?

Ici, elle rappelle que la plupart des femmes porteuses de fibromes ne présentent pas de symptômes et n’ont généralement pas besoin de traitement; dans ces cas, le suivi reste la norme. « Quand des symptômes existent, il est le plus souvent attendu qu’ils entraînent des saignements menstruels abondants et prolongés. Plus rarement, des fibromes de grande taille peuvent provoquer des symptômes par pression, générant une pesanteur pelvienne, des gênes urinaires ou de la constipation. De plus, les fibromes qui altèrent la cavité utérine peuvent causer des problèmes reproductifs. Dans ces cas, un traitement est envisagé, qui dépendra de plusieurs facteurs : le type et la taille du fibrome, les symptômes qu’il provoque, l’âge de la patiente, ou le désir d’avoir une grossesse, entre autres facteurs », explique-t-elle.

Cela dit, cette gynécologue insiste sur le fait qu’il n’existe pas de traitement unique et que l’approche est de plus en plus personnalisée et adaptée à chaque patiente. « Le traitement de première intention sera toujours le moins invasif. Il n’est pas toujours nécessaire d’opérer. Le traitement s’oriente vers les symptômes et est généralement choisi de manière progressive, en tenant compte des préférences de la patiente et d’une décision partagée », souligne-t-elle.

Elle précise qu’il existe trois grands groupes de traitements : les traitements médicaux, les traitements peu invasifs et les options chirurgicales. Dans le groupe des traitements médicaux, elle évoque des options non hormonales (telles que les anti-inflammatoires ou l’acide tranexamique) ou hormonales (comme les contraceptifs ou le DIU au lévonorgestrel). « Ces traitements aident à contrôler les symptômes sans traiter directement le fibrome », ajoute-t-elle.

Toutefois, la docteure Rocío Domingo Alcalá-Santaella indique aussi l’existence d’un groupe de traitements médicaux spécifiques appelés antagonistes de la GnRH (« relugolix » et « linzagolix ») qui, en plus de soulager les symptômes, agissent directement sur le fibrome en provoquant une réduction de sa taille.

En ce qui concerne les options de traitement peu invasives, elles incluent l’embolisation des artères utérines, l’ablation thermique par radiofréquence et l’ablation thermique par application d’ultrasons de haute intensité (HIFU).

Pour les options chirurgicales, poursuit cette spécialiste, il est possible d’opter pour retirer uniquement le fibrome tout en conservant l’utérus (myomectomie), ou bien pour retirer l’utérus (hystérectomie). « L’hystérectomie est généralement utilisée en dernier recours pour les patientes qui n’ont pas répondu aux traitements précédents et qui ne souhaitent plus de grossesse », insiste-t-elle.

C’est pourquoi, comme le souligne cette spécialiste, le choix d’un traitement ou d’un autre se fera selon une décision partagée avec la patiente, en considérant chaque cas de manière individualisée, et en tenant compte de la taille, de la localisation et des symptômes provoqués par les fibromes.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.