SESPAS appelle à une réponse coordonnée et renforcée en matière de santé publique face à la crise migratoire à Ceuta

23 août 2026



La Société espagnole de Santé publique et d’Administration sanitaire (SESPAS) estime prioritaire de renforcer les ressources sanitaires et de santé publique à Ceuta, ainsi que d’améliorer les conditions d’hébergement, de protéger particulièrement les mineurs et d’établir un mécanisme extraordinaire de coordination entre les administrations impliquées.

« La priorité doit être de résoudre les problèmes, réduire les risques et rétablir la normalité grâce à la coopération et à une information vérifiée. La fonction de la santé publique est d’anticiper, d’identifier les risques, d’intervenir sur leurs déterminants et d’empêcher que ces risques ne se transforment en dommages », précise-t-elle dans un communiqué.

SESPAS souligne que la situation exerce une « pression extraordinaire » sur les dispositifs d’accueil et de protection, les services sociaux, le système sanitaire et les ressources de santé publique d’une ville de petite taille et d’environ 84 500 habitants.

Pour la société, l’objectif à l’heure actuelle doit être double : protéger la santé et garantir des conditions sanitaires adéquates pour toutes les personnes qui demeurent à Ceuta et, simultanément, favoriser que la population ceutaine retrouve progressivement sa normalité.

« Une situation exceptionnelle de telles dimensions nécessite temporairement des ressources également exceptionnelles et une réponse proportionnée, coordonnée et fondée sur des données vérifiables », ajoute-t-elle.

La société estime particulièrement important de différencier les concepts qui ont été employés ces dernières semaines, parfois de manière indistincte. Ainsi, elle explique qu’une pression médicale élevée peut mettre à rude épreuve un système sanitaire sans qu’il existe nécessairement une épidémie et, de la même manière, il peut exister des conditions de risque épidémiologique qui justifient une action préventive avant qu’un foyer ne se déclare. « Risque épidémiologique ne signifie pas épidémie », indique-t-elle.

Ainsi, elle rejette également l’idée d’établir une association automatique entre migration et maladie. « Les personnes migrantes ne constituent pas, par leur condition, un risque pour la santé publique. Les risques apparaissent principalement lorsque tout groupe de population demeure dans des conditions de concentration, de précarité, d’hygiène insuffisante ou de difficultés d’accès aux soins et au suivi épidémiologique », détaille-t-elle.

Par conséquent, elle affirme que la réponse doit éviter aussi bien de susciter une alerte qui ne serait pas justifiée par les données disponibles que de minimiser des conditions objectives qui exigent une intervention préventive.

Dans ce sens, SESPAS considère positive la mise en œuvre, depuis le 20 août, du déménagement des personnes qui séjournaient sur la plage d’El Trampolín et d’autres installations précaires vers les dispositifs temporaires aménagés à Loma Margarita et El Embolsamiento, avec une capacité collective d’environ 1 800 places.

La société scientifique estime que ces alternatives doivent être consolidées, suffisantes et adaptées à l’évolution des besoins, notamment après que certaines des personnes transférées soient revenues ensuite sur la plage. « Disposer d’hébergements adéquats facilite l’hygiène et la salubrité, l’accès aux soins, la continuité des traitements et, lorsque nécessaire, le suivi épidémiologique », souligne-t-elle.

Aux côtés de l’hébergement, SESPAS réclame de maintenir et de renforcer les actions de santé environnementale, qui constituent un outil essentiel de prévention.

IL N’Y A PAS D’ÉVIDENCE D’UNE ÉPIDÉMIE GÉNÉRALISÉE

Concernant la situation épidémiologique, SESPAS indique que, avec les données disponibles, il n’existe pas de preuve d’une épidémie généralisée associée aux personnes arrivant à Ceuta, bien que les circonstances actuelles justifient de maintenir une surveillance renforcée.

Des tableaux gastro-intestinaux, des problèmes dermatologiques, la pédiculose et des diagnostics de tuberculose ont été signalés, mais les divergences entre les différentes sources invitent à la prudence jusqu’à disposer d’informations épidémiologiques officielles consolidées. « Notamment, les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’il existe actuellement une épidémie de tuberculose liée à l’épisode », indique-t-elle.

Pour SESPAS, la protection des mineurs constitue une autre des grandes priorités. À la date du 18 août, 2 168 mineurs arrivés depuis le début de l’épisode avaient été officiellement identifiés. SESPAS estime indispensable de garantir leur hébergement sûr, leur alimentation, une évaluation sanitaire, l’attention à la santé mentale et la protection contre les situations de violence, d’exploitation ou de traite.

Elle porte également l’attention sur la santé mentale, non seulement des personnes récemment arrivées mais de l’ensemble de la population ceutaine et des professionnels qui participent à la réponse. Ainsi, elle explique que la prolongation sur plusieurs semaines d’une situation exceptionnelle peut générer de l’incertitude, de la fatigue, du stress et un sentiment d’insécurité. « Une information publique périodique, compréhensible et fondée sur des données vérifiables, ainsi que la reprise progressive des espaces et services habituels de la ville, fait aussi partie d’une réponse adaptée de santé publique », souligne-t-elle.

DISPOSITIF EXTRAORDINAIRE DE COORDINATION ET RÉPONSE

Comme proposition principale, SESPAS propose de constituer temporairement un Dispositif extraordinaire de Coordination et Réponse, non pas comme une nouvelle structure bureaucratique ni comme un organe destiné à remplacer les compétences existantes, mais comme un mécanisme technique et opérationnel de coopération. « Il devrait participer l’autorité de Santé publique de Ceuta, l’INGESA et le Ministère de la Santé, ainsi que les organismes et entités nécessaires en fonction des actions à développer », précise-t-elle.

Ainsi, ce dispositif permettrait d’obtenir une image actualisée de la situation et de la répartition des personnes, d’identifier les groupes vulnérables, de partager des indicateurs de soins, épidémiologiques et environnementaux, de réduire les facteurs de risque, de garantir une réponse sanitaire intégrée et d’offrir au public une information publique commune, vérifiable et compréhensible.

L’organisme considère particulièrement opportun de publier périodiquement un bulletin technique conjoint avec un nombre restreint d’indicateurs fiables, évitant l’actuelle disparité des chiffres et des évaluations, qui peut favoriser aussi bien l’alarmisme que la minimisation des problèmes.

Thomas Leroy

Thomas Leroy

Je m’appelle Thomas Leroy et je suis le rédacteur de Placebo. Médecin de formation et passionné par le journalisme, j’ai choisi de créer ce média pour apporter une information claire et indépendante sur la santé et les addictions. Chaque jour, je m’engage à rendre accessibles des sujets complexes afin d’aider chacun à mieux comprendre et agir.